LIVRE I, CIIAP. I. Ji
1 /hôte (.‘lit tout lu loisir do reprendre scs esprits pendant un si long détail , et jugeant qu'il avoit pris l’alarme mal à propos, il s'avisa de jouer un autre personnage, il interrompoit à tout moment l'ànier par des Sainte / iergel Grand Dieu du end! et autres semblables exclamations dont toute la maison retentissoit , et qu’il accompagnoit de grimaces hypocrites : Que Dieu punisse , dit-il, quand l’autre cul cessé de parler : Que Dieu punisse foule personne qui Juif mal son devoir ! Comme le sien étoit de voler, et qu'il s'en acquittoit fort bien, il ne se croyoit pas apparemment intéressé dans cette imprécation. Après avoir achevé ces mots, il se tut et se promena quelques moments dans la salle; puis tout à coup reprenant la parole d’une voix tonnante : « Comment est-il possible, s'écria-t-il, que la terre n’ait pas encore englouti cette méchante vieille, et que sa maison ne soit pas abîmée? Il n’y a pas un voyageur qui ne se plaigne de cette créature-là et de ce qu’elle donne à manger. Il ne sort pas de chez elle un passager qui ne la maudisse et ne fasse serment de ne plus s'arrêter dans sa taverne. Si les officiers de justice, qui , parle devoir de leurs charges, sont obligés de mettre ordre à ses friponneries, les souffrent sans sans rien dire, ils savent bien pourquoi. O ciel! dans quel temps vivons-nous! »
Cet honnête homme , en cet endroit, poussa un profond soupir et garda le silence, mais d’un air à nous persuader qu’il en pensoit encore plus qu’il n’en avoit dit. Je complots qu’il ne nous étourdiroit plus de pareils discours; je eomplois sans mon hôte. Il se remit de plus belle sur la friperie de la vieille, et, sans exa-
gération , nous on eûmes pour une grosse demi-heure. Après quoi il finit en disant : « Je rends un million de grâces au ciel de ne pas ressembler à cette maudite hôtesse, et d’être un homme de bien et d’honneur. Je vais tête levée par tout le monde, sans craindre que quelqu’un m’ose faire le moindre reproche. Tout pauvre que je suis, il ne se fait point de semblables trafics dans ma maison. Toute chose , Dieu merci , s’y vend pour ce qu’elle est: un chat n’y passe pas pour un lièvre, ni une vieille brebis pour un agneau. Que personne ne songe à tromper les autres; c’est s’abuser soi-même. Oui mal fait, mal trouvera ».
Heureusement pour l’ânier et pour moi, l liôte manquant d'haleine fut obligé de s’arrêter là; je saisis ce moment pour lui demander s’il n’avoit point de fruits. 11 répondit qu’il lui étoit arrivé depuis peu de très bonnes olives : tandis qu'il nous en alla chercher, mon camarade acheva de dévorer la cervelle. J'avois fait peu d’honneur à ce ragoût, ne l’ayant pas trouvé meilleur que l’andouille; cela n’empêcha pas qu’il ne fût expédié comme tout le reste. Jamais loup affamé n’a mangé avec tant de fureur que l’ânier; il ne pouvoit se rassasier : il y avoit pour le moins une heure que nous étions à table, et l’on eût dit, à le voir, qu’il ne faisoit que de s’y mettre. Pour moi je m'accommodai fort bien des olives, qui étoient excellentes, de même <pie le vin. A l’égard du pain, quoique assez méchant, il pouvoit passer pour bon en comparaison de celui de la dînée.
Tel fut notre souper. Comme nous devions partir de grand matin le iour suivant, nous recommandâmes à