LIVRE V, CH A P. V
la nuit , quatre hommes qui servoienl dans la galère de l'avello, vinrent de la part de eet officier enlever les deux grands coffres. Nous laissâmes les deux autres dans l'hôtellerie pour le payement de l’hôte, a qui je lis dire, par mon majordome, de n ôtre point en peine de moi; que j a I lois souper ce soir-là chez un colonel de mes amis, où je pourrois jouer, et passer la nuit tout entière. Nous gagnâmes enfin le port et la galère de notre capitaine, lequel m’attendoit avec beaucoup d’inquiétude. Il me demanda d'abord des nouvelles de mon affaire d’honneur, .le suis content, lui répondis-je d’un air gai; tout s'est passé comme je le désirois. J’en ai une extrême joie, me dit-il; car je vous avouerai que j’étois fort inquiet, l’événement des entreprises étant toujours incertain.
Cet officier m’avoit fait préparer une petite chambre dans laquelle il me fit entrer, et oîi je trouvai mes deux coffres rangés, avec une table couverte de mets délicats. Nous nous y assîmes; et, après avoir bien soupé, nous nous couchâmes pour prendre quelque repos; mais il nous fut impossible de dormir. Les soins divers dont Favello étoit chargé agitoient ses esprits, et la crainte qui troubloit les miens ne me laissoit pas un moment de tranquillité. Je mouroisde peur qu’un maudit vent contraire ne nous retînt dans le port, et ne donnât à mes parents tout le loisir d’être informés de ma fuite , et d obtenir un ordre du sénat pour me faire arrêter. Cependant mes alarmes furent vaines. A la pointe du jour, j’entendis un bruit qui m’annonça le départ des galères. Je regardai par le trou de ma chambre, et j aperçus avec plaisir toutes les chiourmesqui commen-
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oè.rentà ramer jusqu à ce que nous fussions hors du port. Alors, profitant du vent, qui ne pouvoit être plus favorable qu'il l’etoit, nous mîmes «à lu voile, et fîmes bien du chemin en peu de temps.
CIJ A TITRE VI.
Guzman , apres avoir volé ses parents , s'étant embarqué pour repasser en Espagne, court risque de périr , et a le malheur de perdre Sayavedra.
Nous avions déjà doublé le cap de Noli, quand le capitaine vint m’apprendre cette nouvelle; et il me dit que si le vent ne changeoit point de trois jours, nous ferions un agréable voyage. Nous allâmes mouiller à Monaco; et le lendemain nous étant remis en mer avec un vent qui nous flattoit, nous gagnâmes lesîles d’Hières, où nous passâmes la nuit; le troisième jour nous donnâmes fond vers le château d'If, à la vue de Marseille, et le quatrième nous rendîmes le bord à Roses.
Je me réjouissois d’une si heureuse navigation , quand mon valet troubla ma joie en venant m’apprendre que Sayavedra avoit le mal de mer, et se sentoit très malade. Je courus à lui sur-le-champ, et je le trouvai en effet attaqué d’une fièvre assez violente; j’en lus tort affligé : néanmoins, comme j’espérois cpie nous serions bientôt à Barcelonne, et que là il recevrait du soulagement, celle espérance me consoloit. Le cinquième jour se montra bien différent îles autres; il nous parut