‹ Œuvres de Le SageChapitre 10 sur 262 · LIVRE VI I, CIIAP. I 1 1. a · texte numérisé non relu

LIVRE VI I, CIIAP. I 1 1. a

] jC patron cessa de parler en cet endroit pour entendre ma réponse, qui fut une promesse de faire ce qu'il souhaitoit. Depuis ce moment-là il n’eut plus rien de caché pour moi ; je devins son favori. Tous les domestiques, excepte Melchior de la Ronda , ne s en aperçurent pas sans envie. G'étoit une chose à voir que la manière dont les gentilshommes et les écuyers vivoient alors avec le confident de monseigneur : ils n’avoient pas honte de faire des bassesses pour captiver ma bienveillance; je ne pouvois croire qu'ils fussent Espagnols. Je ne laissai pas de leur rendre service, sans être la dupe de leurs politesses intéressées. Monsieur l’archevêque, à ma prière, s’employa pour eux. Il fit donner à l'un une compagnie, et le mit en état de faire figure dans les troupes. 11 en envoya un autre au Mexique remplir un emploi considérable qu’il lui fit avoir r, et j’obtins pour mon ami Melchior une bonne gratification, .l’éprouvai par là que si le prélat ne prévenoit pas, du moins il refusoit rarement ce qu’on lui demandoit.

Mais ce que je fis pour un prêtre me paroît mériter un détail. Un jour certain licencié appelé Louis Gardas, homme jeune encore et de très bonne mine, me lut présenté par notre maître d’hôtel qui me dit : Seigneur Gil lilas , vous voyez un de mes meilleurs amis dans cet honnête ecclesiastique. Il a été aumônier chez des religieuses. La médisance n’a point épargné sa vertu. On l’a noirci dans l’esprit de monseigneur, qui l’a interdit, et qui par malheur est si prévenu contre lui , qu d ne veut écouter aucune sollicitation en sa faveur.

1 Nous retrouverons ci-après ce gentilhomme que Gil lilas avoit fait placerait Mexique. C’est André de Tordésillas ; livre ix, chap. îv.

Nous avons inutilement employé les premières personnes de Grenade pour le faire réhabiliter : notre maître est inflexible.

Messieurs, leur dis-je, voilà une affaire bien gâtée. Il vaudrait mieux qu’on n’eût point sollicité pour le seigneur licencié. On lui a rendu un mauvais office en voulant le servir. Je connois monseigneur : Jes prières et les recommandations ne font qu’aggraver dans son esprit la faute d'un ecclésiastique ; il n’y a pas long -temps que je le lui ai ouï dire à luimême. Plus, disoit- il, un prêtre qui est tombé dans l’irrégularité engage de personnes à me parler pour lui, plus il augmente le scandale, et plus j’ai de sévérité. Gela est fâcheux, reprit le maître d’hôtel, et mon ami serait bien embarrassé s’il n’avoit pas une bonne main. Heureusement il écrit à ravir, et il se tire d’intrigue par ce talent. Je fus curieux de voir si l'écriture qu’on me vantoit valoit mieux que la mienne. Le licencié, qui en avoit sur lui, m’en montra une page que j’admirai : il sembloit que ce fût un exemple de maître écrivain. En considérant une si belle écriture il me vint une idée. Je priai Garcias de me laisser ce papier, en lui disant que j'en pourrais faire quelque chose qui lui serait utile ; que je ne m’expliquois pas dans ce moment, mais que le lendemain je lui en dirais davantage. Le licencié, à qui le maître d’hôtel avoit apparemment fait l’éloge de mon esprit, se retira aussi content que s’il eût déjà été remis dans ses fonctions.

J’avois véritablement envie qu’il le fût; et dès le jour même j’y travaillai de la manière que je vais le dire. J'élois seul avec l’archevêque; je lui fis voir l’écri-

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