‹ Œuvres de Le SageChapitre 115 sur 262 · LIVRE IX, CllAP. \ II · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CllAP. \ II

être mes jours, elle me parut plutôt un moyen dont la fortune vouloitsc servir pour m’élever à quelque grand poste; car voici de quelle manière je raisonnois en moimeme : Le premier ministre a pour partisans don l ernand de Borgia, le père Jérôme de Florence, cl surtout le Irère Louis d’Àliaga, qui lui est redevable de la place qu’il occupe auprès du roi. Avec le secours de ces amis puissants, son excellence coulera tous ses ennemis à fond, ou bien l’état pourra bientôt changer de lace. Sa majesté est fort valétudinaire. Dès qu’elle ne sera plus, le prince son fils commencera par rappeler le comte de Lemos, qui me tirera aussitôt d’ici pour me présenter au nouveau monarque, qui m’accablera de bienfaits pour compenser les peines que j’aurai souffertes. Ainsi, déjà plein des plaisirs de l’avenir, je ne sentois presque plus les maux présents. Je crois bien que les deux sacs de doublons que mon secrétaire disoit avoir mis en dépôt chez l'orfèvre, contribuèrent autant que l’espérance au changement subit qui se fit en moi.

J etois trop content du zèle et de l’intégrité de Scipion , pour ne le lui pas témoigner. Je lui offris la moitié de l’argent qu'il avoit préservé du pillage; ce qu il reiusa. J’attends de vous, me dit-il , une autre marque de reconnoissance. Aussi étonné de son discours que de scs refus, je lui demandai ce que je pouvois faire pour lui. Ne nous séparons point , me répondit-il. Souffrez que j’attache ma fortune à la vôtre. Je me sens pour vous une amitié que je n’ai jamais eue pour aucun maître. Et moi, lu. dis-je, mon enfant , je puis t’assurer que tu n’aimes pas un ingrat. Du premier moment (pie tu vins l’offrira mon service, tu me plus.

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il faut que nous soyons nés l’un et l’autre sous la Balance ou sous les Jumeaux, qui sont, à ce qu’on dit , les deux constellations qui unissent les hommes, j’accepte volontiers la société que tu me proposes, et pour la commencer, je vais prier le seigneur châtelain de t’enfermer avec moi dans cette tour. Cela me fera plaisir, s’écria-t-il. Vous me prévenez, j’allois vous conjurer de lui demander cette grâce. Votre compagnie m'est plus chère que la liberté. Je sortirai seulement quelquefois pour aller prendre à Madrid l’air du bureau , et voir s'il ne sera point arrivé à la cour quelque changement qui puisse vous être favorable. De sorte que vous aurez en moi tout ensemble un confident, un courrier et un espion.

Ces avantages étoient trop considérables pour m’en priver. Je retins donc auprès de moi un homme si utile, avec la permission de l’obligeant châtelain, qui ne voulut pas me refuser une si douce consolation.

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