‹ Œuvres de Le SageChapitre 13 sur 262 · LIVRE vil, CH A P. IV. ap · texte numérisé non relu

LIVRE vil, CH A P. IV. ap

le remercier de nouveau de l'excellent poste qu'il m'avoit procuré, .le lui en parus si satisfait , qu’il me dit : Mon cher ('.il lilas, je suis ravi que vous soyez content de mon oncle l'archevêque, le suis charmé de ce grand prélat, lui répondis- je, et je dois l’être. Outre (pie c’est un seigneur fort aimable, il a pour moi des bontés que je ne puis assez reconnoître. Il ne m’en fa I loi t pas moins pour me consoler de n être plus auprès du seigneur don César et de son (ils. Je suis persuadé, reprit-il, qu'ils sont aussi tous deux mortifiés de vous avoir perdu. Mais vous n’êtes peut- être pas séparés pour jamais; la fortune pourra quelque jour vous rassembler. le n’entendis pas ces paroles sans m’attendrir. J’en soupirai; et je sentis dans ce moment -là que j’aimois tant don Alphonse, que j’aurois volontiers abandonné l'archevêque et les belles espérances qu'il m’avoit données , pour m’en retourner au château de Leyva , si l'on eêit levé l’obstacle qui m’en avoit éloigné. Don Fernand s’aperçut des mouvements qui m’agitoient, et m’en sut si bon gré, qu’il m’embrassa en me disant que toute sa famille prendroit toujours part à ma destinée.

Deux mois après que ce cavalier lut parti 1 , dans le temps de ma plus grande faveur , nous eûmes une chaude alarme au palais épiscopal; l'archevêque tomba en apoplexie. On le secourut si promptement et on lui donna de si bons remèdes, que quelques jours après il n’y paroissoit plus. Mais son esprit en reçut une rude atteinte. Je le remarquai bien dès la première homélie qu’il composa. Je ne trouvai pas toutefois ladillerence

* Nous retrouverons don Fernand et don Alphonse de Leyva. Cil lilas obligera don Alphonse par vanité , livre i.\, chapitre u.

3o GIL BLAS.

qn il y avoit de celle-là aux autres assez sensible pour conclure que l'orateur connnençoit à baisser. J’attendis encore une homélie pour mieux savoir à quoi m’en tenir. Oh! pour celle-là, elle fut décisive. Tantôt le bon prélat se rebattoit, tantôt il s’élevoit trop haut ou descendoit trop bas. C’étoit un discours diffus, une rhétorique de régeilt usé, une capucinade.

Je ne fus pas le seul qui y prit garde. La plupart des auditeurs, comme s’ils eussent été aussi gagés pour l’examiner, se disoient tout bas les uns aux autres : Voilà un sermon qui sent l'apoplexie. Allons, monsieur l’arbitre des homélies, me dis-je alors à moi-même, préparez-vous à faire votre office. Vous voyez que monseigneur tombe; vous devez l’en avertir, non-seulement comme dépositaire de ses pensées, mais encore de peur que quelqu’un de ses amis ne fut assez franc pour vous prévenir. En ce cas-là vous savez ce qu’il en arriveroit; vous seriez biffé de son testament, où il y aura sans doute pour vous un meilleur legs que la bibliothèque du licencié Sédillo.

Après ces réflexions j’en faisois d’autres toutes contraires : l’avertissement dont il s’agissoit me paroissoit délicat à donner r. Je jugeois qu’un auteur entêté de ses ouvrages pourroit le recevoir mal; mais, rejetant cette pensée, je me représentois qu’il étoit impossible qu’il le prît en mauvaise part, après l’avoir exigé île moi d’une manière si pressante. Ajoutons à cela que je comptais bien de lui parler avec adresse, et de lui

1 C’est ce que dit le Misanthrope, consulté par Oronte :

Monsieur, cette matière est un peu dé'ieate ,

Et sur le bel esprit nous aimons qu’on nous flatte

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