‹ Œuvres de Le SageChapitre 153 sur 262 · LIVRE X, CHAP. I V · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. I V

Madame la gouvernante fut à peine arrivée au château , qu'elle témoigna une extrême impatience rie voir Anlonia, qui de son côté 11e sut pas plus tôt la venue de Séraphine, qu elle accourut pour la saluer et lui baiser la main, ce qu’elle lit de si bonne grâce, que toute la compagnie l’admira. Eh bien! madame, dit don César à sa belle-fille, que pensez-vous d’Antonia ? Santillane pouvoit-il faire un meilleur choix ? Non , répondit Séraphine; ils sont tous deux dignes l'un de l'autre; je ne doute pas que leur union ne soit très heureuse. Enfin chacun donna des louanges à ma future; et, si on la loua fort sous son habit de serge, on en fut encore plus charmé lorsqu'elle parut sous un plus riche habillement. Il seinbloit qu’elle n'en eut jamais porté d’autres, tant son air ctoit noble et son action aisée.

Le moment où je devois par un doux hymen voir attacher mon sort au sien étant arrivé, don Alphonse me prit par la main pour me conduire à l’autel, et Séraphine fit le même honneur à la mariée. Nous nous rendîmes tous deux dans cet ordre à la chapelle du hameau, oîi le grand vicaire nous attendoit pour nous marier ; et cette cérémonie se fit aux acclamations des habitants de Lirias et de tous les riches laboureurs des environs, que Basile avoit invités aux noces d’Antonia. Ils a voient avec eux leurs filles, qui s’étoient parées de rubans et de fleurs, et qui tenoient dans leurs mains des tambours de basque. Nous retournâmes ensuite au château, où, par les soins de Scipion, l’ordonnateur du festin, il se trouva trois tables dressées, l'une pour les seigneurs, l'autre pour les personnes

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tle leur suite, et la troisième, qui étoit la plus grande, pour tous ceux, qui avoient etc convies. Antonia tilt de la première, madame la gouvernante l’ayant ainsi voulu ; je (is les honneurs de la seconde, et Basile se mit à celle des villageois. Pour Scipion , il ne s’assit à aucune table : il ne faisoit qu’aller et venir de l’une à l’autre, donnant son attention à faire bien servir et contenter tout le monde.

C’étoit par les cuisiniers du gouverneur que le repas a voit été préparé; ce qui suppose qu’il n’y manquoit rien. Les bons vins dont maître Joachim avoit fait provision pour moi y furent prodigués; les convives commençoient à s’échauffer, l’allégresse régnoit partout, quand elle fut tout à coup troublée par un incident qui m’alarma. Mon secrétaire , étant dans la salle oîi je mangeois avec les principaux officiers de don Alphonse et les femmes de Séraphine, tomba subitement en foiblesse et perdit toute connoissance. Je me levai pour aller à son secours; et, tandis que je m’occupois à lui faire reprendre ses esprits, une de ces femmes s’évanouit aussi. Toute la compagnie jugea que ce double évanouissement renfermoit quelque mystère, comme en effet il en cachoit un qui ne tarda guère à s’éclaircir; car bientôt après Scipion , étant revenu a lui, me dit tout bas : Faut-il que le plus beau de vos jours soit le plus désagréable des miens ? On ne peut éviter son malheur, ajouta-t-il; je viens de retrouver ma femme dans une suivante de Séraphine.

Ou entends-jc ! m’écriai-je, cela n est pas possible. Quoi ! tu serois l’époux de celte dame qui vient de se trouver mal en meme temps que toi;’ Oui, monsieur.

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