‹ Œuvres de Le SageChapitre 185 sur 262 · LIVRE XI, C1IAI’. II. 4 :>AJ · texte numérisé non relu

LIVRE XI, C1IAI’. II. 4 :>AJ

Non , me répondit-il, mais elle n’est pas difficile à deviner; le ministre, prompt à se conformer aux volontés du prince, vous aura proposé sans doute un emploi considérable, ('.'est, ce qui te trompe, lui répliquai-je : en même temps je lui appris de quelle façon j’avois été reçu. Il m’écouta fort attentivement, et me dit : Vous m'étonnez! Il faut que le comte uc vous ait pas remis, ou qu'il vous ait pris pour un autre. Je vous conseille de le revoir; je ne doute pas qu i 1 ne vous lasse meilleure mine. Je suivis le conseil de mon secrétaire; je me montrai pour la seconde fois devant le ministre, qui , me traitant encore plus mal que la première, fronça le sourcil en m’envisageant, comme si ma vue lui eût fait de la peine; puis il détourna de moi ses regards, et se retira sans me dire mot.

Je fus piqué de ce procédé jusqu’au vif, et tenté de partir sur-le-champ pour retourner à Valence; mais c'est à quoi Scipion ne manqua pas de s’opposer , ne pouvant se résoudre à renoncer au\ espérances qu’il avoit conçues. Ne vois-tu pas, lui dis-je, que le comte veut m’écarter de la cour? Le monarque lui a témoigné de la bonne volonté pour moi, cela ne suffit-il pas pour in attirer l’aversion de son favori ? Cédons, mon enfant, cédons de bonne grâce au pouvoir d'un ennemi si redoutable. Monsieur, répondit-il en colère contre le comte d Olivarès, je n’abandonnerois pas si facilement le terrain. Je voudrois même avoir raison d’un accueil si offensant. J irois me plaindre au roi du peu de cas cpie le ministre lait de sa recommandation. Mauvais conseil, lui dis-je, mon ami : si je faisois celle démarche imprudente, je ne tarderois guère à m’en repentir. Je

ne sais même si je ne cours pas quelque péril à m’arrêter dans cette ville.

Mon secrétaire, à ce discours, rentra en lui-même, et, considérant qu’en effet nous avions affaire à un homme qui pouvoit nous faire revoir la tour de Ségovie , il partagea ma crainte. Il ne combattit plus l’envie que j’avois de quitter Madrid , d’où je résolus de m’éloigner dès le lendemain.

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