‹ Œuvres de Le SageChapitre 22 sur 262 · livre vit, cn a p. vu · texte numérisé non relu

livre vit, cn a p. vu

Parmi 1rs actrices qui parurent sur la scène, je démêlai une de mes anciennes amies. Je reconnus Plicnice, cctle grosse réjouie que lu as vue (ennne de chambre de Elorimonde, et avec qui tu as quelquefois soupe chez Arsénié. Je savois bien que Phénice ctoit hors de Madrid depuis plus de deux ans, mais j’ignorois qu’elle (Vit comédienne. J’avois une impatience de l’embrasser qui me fit trouver la pièce fort longue. C’étoit peut-être aussi la faute de ceux qui la représentoient et qui ne jouoient pas assez bien ou assez mal pour m'amuser. Car pour moi, qui suis une rieuse, je t’avouerai qu'un acteur parfaitement ridicule ne me divertit pas moins qu'un excellent.

Enfin le moment que j’attendois étant arrivé, c'està-dire la fin tle la famosa Comeclia , nous allâmes, ma veuve et moi, derrière le théâtre, oit nous aperçûmes Phénice qui faisoit la tout aimable, et écoutoit en minaudant le doux ramage d’un jeune oiseau qui s’étoit apparemment laissé prendre à la glu de sa déclamation.

fît prêtre, et mourut chevalier de Malte, en ifi35, à soixante-douze ans. Les Espagnols l’appellent un prodige de la nature. 11 est pour eux ce que Shakespeare est pour les Anglois, et c’est l’éloge que Al Smollett lui donne dans sa traduction angloise de Gil lilas. Les Espagnols disent que Lope de Yega étoit poète dès le ventre de sa mère. «Il faisoit ordinairement une pièce de théâtre par jour; et « quand une comédie lui en coùtoit trois, elle étoit fort longue, et il « falloit que quelque affaire étrangère eût présenté un obstacle au «désir qu’il avoit de donner tous les jours un plaisir nouveau à «ses spectateurs.» (Ilaillet, Jugements des Savants .) Outre dix-huit cents comédies, il avoit composé quatre cents pièces dramatiques ou actes sacramentels, représentés en plein air dans les places publiques de Madrid, à la fête du Saint-Sacrement. Il a fait encore beaucoup «le poèmes, une épopée tragique de la Jérusalem conquise, et la (latomachie , ou les Amours et les combats des chats, etc.

Sitôt qu’elle m'eut remarquée, elle le quitta d’un air gracieux, vint à moi les liras ouverts, et me fit toutes les amitiés imaginables : de mon cote je l’embrassai de tout mon cœur. Nous nous témoignâmes mutuellement la joie que nous avions de nous revoir : mais le temps et le lieu ne nous permettant pas île nous répandre en de longs discours, nous remîmes au lendemain à nous entretenir chez elle plus amplement.

Le plaisir de parler est une fies plus vives passions des femmes, et particulièrement la mienne. 3e ne pus fermer l’œil de toute la nuit, tant j’avois envie d’être aux prises avec Pliénice, et de lui faire questions sur questions. Dieu sait si je fus paresseuse à me lever pour me rendre où elle m’avoit enseigné qu elle demeuroit! Elle étoit logée avec toute la troupe dans un grand hôtel garni. Une servante que je rencontrai en entrant, et que je priai de me conduire à l’appartement de Phénice, me fit monter à un corridor, le long duquel régnoient dix à douze petites chambres, séparées seulement par des cloisons de sapin et occupées par la bande joyeuse. Ma conductrice frappa à une porte que Phénice , à qui la langue démangeoit autant qu’à moi , vint ouvrir. A peine nous donnâmes-nous le temps de nous asseoir pour caqueter. Nous voilà en train d’en découdre. Nous avions à nous interroger sur tant de choses , que les demandes et les réponses se succédoient avec une volubilité surprenante.

Après avoir raconté nos aventures de part et d’autre, et nous être instruites tle l’état présent de nos affaires, Pliénice me demanda quel parti je voillois prendre; car enfin, me dit-elle, il faut bien faire quelque chose :

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