‹ Œuvres de Le SageChapitre 234 sur 262 · LIVRE XII, Cil A P. I · texte numérisé non relu

LIVRE XII, Cil A P. I

mite à l’autre, le rcconnoître pour mon fils, et l'èlcvei aux honneurs. 1

\ ce projet extravagant, il me lut impossible de me taire. Comment, seigneur, m’écriai-je, votre excellence peut-elle avoir pris une résolution si étrange? Pardonnez-moi ce terme ; il échappe à mon zèle. Tu la trouveras raisonnable, reprit-il avec précipitation, quand je t aurai dit les raisons qui m’ont déterminé à la prendre. Je ne veux point que mes collatéraux soient mes héritiers. Tu me diras que je ne suis point encore dans un âge assez avancé pour désespérer d'avoir des enfants île madame d’Ohvarès. M ais chacun se commît : qu'il

1 Tout ceci est fondé sur des événements réels, et voici ce qu’en dit l’histoire : «Le grand secret dont le comte -duc s’étoit servi pour « gouvei ner son maître , c'étoit de se rendre le compagnon ou du moins •< le confident de ses plaisirs. Pendant que lui-même affectoit une grande «ostentation de piété et de dévotion, il étoit non-seulement engagé « dans la débauche , mais ilia nourrissoit dans le roi , au grand scandale « de ;es sujets et au grand préjudice de ses affaires. En ifi/p* Ie temps • le moins propre pour une pareille démarche, Olivarès reconnut un fils naturel qui avoit porté jusque-là le nom de Julien. Le comte-duc «lui fit prendre le nom d’Enriquez de Guzman, le produisit à la « cour avec un magnifique équipage , et soit par flatterie, soit par « contrainte, lui fit épouser la fille du connétable de Castille. Olivarès « engagea le roi à faire une démarche de même nature. Dans une oc- » sion où le roi avoit été extrêmement irrité contre lui , le comte regagna les bonnes grâces du monarque , en lui procurant les faveurs « de la Calderone , célèbre comédienne. Le roi en eut un fils , qui étoit « resté jusqu’ici dans l’obscurité; mais pour justifier la conduite du « comte-duc, ce jeune homme, qui avoit à peine quatorze ans, fut «reconnu du roi sous le nom de don Juan d’Autriche, et déclaré généralissime en Portugal, pendant que le prince don Baltbazar, « alors héritier de la couronne , vivoit encore sous la conduite ou « plutôt sous la captivité de la duchesse d’Olivarès; ce qui mortifia «extrêmement la reine, irrita le peuple, et étonna tout le monde.

! Anecdotes di i comte-duc. Histoire universelle , liv. xxn , cliap. I

te suffise d’apprendre que la chimie n’a pas de secrets que je n’aie inutilement mis en usage pour redevenir père. Ainsi, puisque la fortune, suppléant au defaut de la nature, me présente un enfant dont peut-être dans le fond je suis le véritable père, je l’adopte; c’est une chose résolue.

Quand je vis que le ministre avoit en tête cette adoption, je cessai de le contredire, le connoissant pour un homme capable de faire une sottise plutôt que de démordre de son sentiment. Il ne s'agit plus, ajouta-t-il, que de donner de l’éducation à don Henri-Philippe de Guzman (car c’est le nom que je prétends qu'il porte dans le monde, jusqu'à ce qu il soit en état de posséder les dignités qui l’attendent). C’est toi, mon cher Santillane, que je choisis pour le conduire : je me repose sur ton esprit et sur ton attachement pour moi, du soin de faire sa maison, de lui donner toutes sortes de maîtres, en un mot de le rendre un cavalier accompli. Je voulus me défendre d’accepter cet emploi, en représentant au comte-duc qu’il ne me convenoit guère d’élever de jeunes seigneurs, n’ayant jamais fait ce métier, qui demandoit plus de lumières et de mérite que je n’en avois; mais il m'interrompit, et me ferma la bouche en me disant qu’il prétendoit absolument que je fusse le gouverneur de ce fils adopte , qu il destmoit aux premières charges de la monarchie. Je me préparai donc à remplir cette place pour contenter monseigneur, qui, pour prix de ma complaisance, grossit mon petit revenu d’une pension de mille écus qu’il me fit obtenir, ou plutôt qu'il me donna sur la commanderie de Mambra.

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