CHAPITRE VII
GU Blas rencontre encore Fabrice par hasard. De la dernière conversation qu'ils eurent ensemble , et de l avis important que Aimez, donna a Sautilla ne.
Vocation déterminée pour les lettres — Signes précurseurs il un orage
politique.
Le poëte des Asturies, comme on a dù le remarquer, me nésligeoit assez volontiers. De mon cote, mes occupations ne me permettoient guère de l’aller voir; de sorte que je ne l’avois point revu depuis le jour de la dissertation sur X Iphigénie d'Euripide. Le hasard me le fit encore rencontrer près de la porte du Soleil. Il sortoit d une imprimerie. Je 1 abordai en lui disant : Oh! oh’ monsieur Aune/., vous venez de chez un imprimeur : cela semble menacer le public d un nouvel ouvrage de votre composition.
« quel démon insensé lui inspira le choix d’un médaillon bien ridicule « pour figurer cet ordre. Elle le baptisa 1 ordre du hareng bleu. Je lus « le premier qui en porta la décoration. Mon épousé me dit en plai- « sautant : Je ne puis concevoir quelle analogie il y a entre un hareng « et le mérite d’un président du departement des finances , ou coni- » ment un poisson marin peut éti e le type qui représente ce mei ite.
« Cependant l’étoile et le cordon chatouillèrent beaucoup mon . amour-propre. Je m’en parois avec fierté, llejerberg ne put s’empé- « cher de rire aux éclats la première lois qu’il me vit charge de ces » ridicules ornements. »
( Le OU lilas allemand , ou Aventures de Pierre Clans, Paris, Ty8>). première partie, Chapitre iv. )
( * est à quoi il doit en ellet s’attendre, me répondit-il; je te dirai que je me suis avisé de composer une brochure qui est sous la presse actuellement, et qui doit faire grand bruit dans la république des lettres. Je ne doute pas du mérite de ta production, lui répliquai-je; mais je m’étonne, que tu t’amuses à composer des brochures : il me semble que ce sont des colifichets qui ne font pas grand honneur à l’esprit. Il y en a quelquefois de bonnes , repartit Fabrice. La mienne, pai exemple, est de ce nombre, quoiqu’elle ait été faite à la bâte; car je t’avouerai que c’est un enfant de la nécessité. La faim, comme tu sais, fait sortir le loup hors du bois.
Comment! m’écriai- je, la faim! Est-ce l’auteur du Comte de Saldagne qui me tient ce discours.' Un homme qui a deux mille écus de rente peut -il parler ainsi? Doucement , mon ami, interrompit Nunez , je ne suis plus ce poète fortuné qui jouissoit d’une pension bien payée. Le désordre s’est mis subitement dans les affaires du trésorier don Bertrand : il a manié, dissipé les deniers du roi; tous ses biens sont saisis, et ma pension est allée à tous les diables. Cela est triste, lui dis -je ; mais ne te reste-t-il pas encore quelque espérance de ce côté-là? Pas la moindre, me répondit-il; le seigneur Cornez del Ribero , aussi gueux que son bel esprit, est abîmé : il ne reviendra, dit-on, jamais sur l’eau.
Sur ce pied -là, lui répliquai -je, mon ami, il faut que je te fasse donner quelque poste qui te console de la perte de la pension. Je te dispense de ce soin-là; me dit-il ; quand tu m’offrirois dans les bureaux du minis-