LIVRE VII, CIIAP. VII
ilisscmenls, et me mit au-dessus de toutes les actrices de Madrid. V près cela, je n "au rois nas été excusable de douter de mon mérite. Arsénié demeura atteinte et convaincue de jalousie et de mauvaise foi. Il me fallut convenir que j'étois un sujet tout admirable. Deux comédiens qui arrivèrent dans le moment , et devant qui Pbénice m’obligea de répéter les vers (pie j’avois déjà récités, tombèrent dans une espèce d’extase, d’où ils ne sortirent que pour me combler de louanges. Sérieusement, quand ils se scroient défiés tous trois à qui me louerait davantage , ils n'auroient pas employé d expressions plus hyperboliques. Ma modestie ne fut point à l'épreuve de tant d’éloges. Je commençai à croire que je valois quelque chose, et voilà mon esprit tourné du côté de la comédie.
Oh çà, ma chère, dis-je à Pbénice, c’en est fait; je veux suivre ton conseil et entrer dans ta troupe, si elle l’a pour agréable. A ces paroles, mon amie transportée de joie m’embrassa, et ses deux camarades ne me parurent pas moins ravis qu elle de me voir ces sentiments. Nous convînmes que le jour suivant je me rendrais au théâtre dans la matinée, et ferais voir à la troupe assemblée le meme échantillon que je venoisde montrer de mon talent. Si j'avois fait concevoir une opinion avantageuse de moi chez Pbénice, tous les comédiens en jugèrent encoreplus favorablement, lorsque j’eus dit en leur présence une vingtaine de vers seulement. Ils me reçurent volontiers dans leur compagnie. Après quoi je ne fus plus occupée que de mon début. Pour le rendre plus brillant, j’employai tout ce qui me rcstoit d argent de ma bague; et si je n’en eus pas
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assez pour me mettre superbement, du moins je trouvai 1 art de suppléer à la magnificence par un goi'it tout galant.
Je parus enfin sur la scène pour la première fois. Quels battements de mains! quels éloges! Il y a de la modération, monami,àte dire simplement que je ravis les spectateurs, il faudroit avoir été témoin du bruit que je lis dans Séville pour y ajouter foi. Je devins l'entrelicndc toute la vdle,qui pendant trois semaines entières vint en foule à la comédie; de sorte que la troupe rappela par cette nouveauté le public qui connnençoit à 1 abandonner. Je débutai donc d'une manière qui charma tout le monde. Or, débuter ainsi, c’étoit comme si j’eusse lait afficher que j’étois à donner au plus offrant et dernier enchérisseur. Vingt cavaliers de toutes sortesd’àges
et de conditions s’offrirent à l’cnvi de prendre soin de moi. Si j’eusse suivi mon inclination, j’aurois choisi le plus jeune et le plus joli; mais nous ne devons nous autres consulter que l’intérêt et l’ambition , lorsqu’il s’agit de nous établir : c’est une règle de théâtre. C’est pourquoi don Vmbrosio de Nisana, homme déjà vieux et mal fait, mais riche, généreux, et l’un des plus puissants seigneurs d’Andalousie, eut la préférence. 11 est vrai que je la lui fis bien acheter. 11 me loua une belle maison , la meubla très magnifiquement , me donna un bon cuisinier, deux laquais, une femme de chambre, et mille ducats par mois à dépenser. Il faut ajouter à cela de riches habits, avec une assez grande quantité de pierreries. Jamais Arsénié n’avoit été dans un étal plus brillant. Quel changement dans ma fortune ! Mon esprit ne put le soutenir. Je me parus tout à coup à