LIVRE XII, Cil AP. IX. 5ji
tice de lui imputer tous les malheurs arrivés à la monarchie pendant leeoursde son ministère. Il s’imaginoit que cette lettre feroit un grand effet, croyant que le prince conservoit encore pour lui assez d’amitié pour ne vouloir pas consentir à son éloignement; mais toute la réponse que lui lit sa majesté fut qu’elle lui accordoit la permission qu il demandoit, et qu’il pouvoit se retirer oii bon lui sembieroit. 1
tjes paroles écrites de la main du roi furent un coup de tonnerre pour monseigneur, qui ne s’y étoit nullement attendu. Néanmoins, quoiqu’il en fût étourdi, il affecta un air de constance, et me demanda ce que je ferois à sa place. Je prendrois, lui dis-je, aisément mon parti; j’abandonnerois la cour, et j'irois à quelqu’une de mes terres passer tranquillement le reste de mes jours. Tu penses sainement, répliqua mon maître, et je prétends bien aller finir ma carrière à Loeches, après que j'aurai seulement une fois entretenu le monarque: je suis bien aise de lui remontrer que j’ai fait humainement tout ce que j’ai pu pour bien soutenir le pesant fardeau dont j’étois chargé, mais qu’il n’a pas dépendu de moi de prévenir les tristes événements dont on me fait un crime, n’étant point en cela plus coupable qu'un
’ « Ce ministre fut d’abord relégué à quatre lieues de Madrid. On « alloit le rappeler, s’il n’eût pas précipité ses espérances; car ayant « voulu se justifier par un écrit qu’il publia , il offensa plusieurs per- « sonnes puissantes, dont le ressentiment fut tel, que le roi jugea a « propos de l’éloigner encore davantage, en le confinant à Toro, où « il mourut de chagrin, comme il arrive aux grands esprits qui ne « sont pas accoutumés au repos. Don Louis de Ilaro , son neveu, ga- « gna insensiblement la faveur du roi, et devint premier ministre.» ( Anecdotes espagnoles , 164 1. )
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habile pilote qui, malgré tout ce qu'il peut faire, voit son vaisseau emporté par les vents et par les flots. Ce ministre se flattoit encore qu’en parlant au prince il pourroit rajuster les choses, et regagner le terrain qu’il avoit perdu; mais il ne put en avoir audience, et de plus, on lui envoya demander la clef dont il se servoit pour entrer, quand il lui plaisoit , dans 1 appartement de sa majesté.
Jugeant alors qu’il n’y avoit plus d’espérance pour lui, il se détermina tout de bon à la retraite. Il visita ses papiers, dont il brûla prudemment une grande quantité; ensuite il nomma les officiers de sa maison et les valets dont il vouloitétre suivi , donna des ordres pour son départ , et en fixa le jour au lendemain. Comme il craignoit d’étre insulte par la populace en sortant du palais, il s’échappa de grand matin par la porte des cuisines, monta dans un méchant carrosse avec son confesseur et moi, et prit impunément la route de Loeches, village dont il étoit seigneur, et où la comtesse son épouse a fait bâtir un magnifique couvent de religieuses de l’ordre de Saint-Dominique. Nous nous y rendîmes en moins de quatre heures, et toutes lts personnes de sa suite y arrivèrent peu de temps après
nous..
li\ rf. xit, chap. x.