LIVRE VIII, Cil AP. \. i <) i
effet il est étonnant que vous n'en ayez, pas dans le printemps de vos jours, pendant que de graves l>ar-' bons ne sauroicnl s'en passer, .l'admire ta pénétration, repris-je en souriant. Oui, mon ami, c'est une maîtresse qu il me faut, et je veux l'avoir de ta main. Mais je t'avertis que je suis très délicat sur la matière : je te demande une jolie personne qui n'ait pas de mauvaises mœurs, Ce que vous souhaitez , repartit Seipion en souriant, est un peu rare. Cependant nous sommes, dieu merci, dans une ville où il y a de tout; et j’espère que j'aurai bientôt trouvé votre fait.
Véritablement trois jours après il me dit : J’ai découvert un trésor. I ne jeune dame nommée Catalina 1 , de bonne famille et d'une beauté ravissante, demeure sous la conduite de sa tante, dans une petite maison où elles vivent toutes deux fort honnêtement de leur bien qui n'est pas considérable. Elles sont servies par une soubrette que je commis, et qui vient de m’assurer que leur porte, quoique fermée à tout le monde, pourrait s’ouvrir à un galant riche et libéral, pourvu qu'il voulût bien, de peur de scandale, n’entrer chez elles que la nuit et sans faire aucun éclat. Là-dessus je vous ai
1 Catalina, ce nom souverainement malhonnête, semble choisi exprès. Catalina, en espagnol, est le nom de la maladie sœur de la petite-vérole , et que l’euphémisme franeois désigne par une épithète dérivée de Vénus (la maladie vénérienne).
En adoptant ce nouveau nom, Le Sage a tout sacrifié à l’esprit malin et caustique dont il imprime le cachet à ses dénominations. Catalma en espagnol est un mot trop connu , pour qu’une pareille sirène s’avise d’en prendre l’affiche, et que les pourvoyeurs des plaisirs du prince d’Espagne n’en soient pas tiès effarouchés. Ainsi la chose est fort plaisante; mais elle n’est pas vraisemblable.
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peint comme un cavalier qui méritait de trouver l'huis ouvert, et j’ai prié la soubrette de vous proposer aux deux dames. Elle m’a promis de le faire, et de me rapporter demain matin la réponse dans un endroit dont nous sommes convenus. Cela est bon, lui répondis-je ; mais je crains que la femme de chambre à qui tu viens île parler ne t’en ait fait accroire. Non, non, répliqua-t-il , ce n’est point à moi qu’on en donne à garder : j'ai déjà interrogé les voisins; et je conclus de tout ce qu’ils m’ont dit que la senora Catalina est telle que vous la pouvez désirer, c’est-à-dire une Danaé chez laquelle il vous sera permis d’aller faire le Jupiter, à la faveur d’une grêle de pistoles que vous y laisserez tomber.
Tout prévenu que j’étois contre ces sortes de bonnes fortunes , je me prêtai à celle-là ; et comme la femme de chambre vint dire le jour suivant à Scipion qu’il ne liendroit qu’à moi d’être introduit dès ce soir-là même dans la maison de ses maîtresses, je m’y glissai entre onze heures et minuit. La soubrette me reçut sans lumière, et me prit par la main pour me conduire dans une salle assez propre, où je trouvai les deux dames galamment habillées , et assises sur des carreaux de satin. Aussitôt qu’elles m 'aperçurent , elles se levèrent et me saluèrent d’une manière toute gracieuse : je crus voir deux personnes de qualité. La tante , qu’on appeloit la senora Mencia , quoique belle encore, n’attiroit pas moins mon attention. Il est vrai qu'on ne pouvoit regarder que la nièce , qui me parut une déesse. \ l’examiner pourtant à la rigueur, on auroit pu dire que ce n’étoit pas une beauté parfaite; mais elle avoit des