CHAPITRE VI
jeltisseiit les deux sexes diffèrent entre elles, comme les fonctions que la nature assigne à chacun des deux ; mais la nature ne condamne pas l'un au scandale , et l'autre à l'hypocrisie : elle leur donna la vertu pour les inspirer , la raison pour guider la vertu; et toutes les convenances s'arrêtent devant ces limites éternelles.
L'ensemble de Corinne est imposant ; et dans ce livre un seul défaut nous paraît sensible. L'auteur y exige encore une admiration respectueuse, un culte même pour les deux principaux personnages. On ne doit comparer aucune femme à Corinne, aucun homme à Oswald. L'incomparable Oswald n'est pourtant ni moins égoïste, ni moins borné que l'incomparable Léonce. Lucile Edgermond , jeune Anglaise, qui devient l'épouse d'Oswald , vaut beaucoup mieux que son froid compatriote; mais elle fixe rarement l'attention. Le prince de Castel-Forte , le comte d'Erfeuil , l'un Italien , l'autre Français , tous deux remarquables par des nuances bien saisies , ne sont pourtant que des personnages accessoires ; Corinne seule anime tout le tableau : elle émeut , entraîne, subjugue; c'est Delphine encore, mais perfectionnée, mais indépendante, laissant à ses facultés un plein essor; exprimant, comme elle les éprouve, les sentimens qui la domuient , et toujours doublement inspirée par le talent cl par
23o LITTÉRATURE FRINÇAISE.
l'amour. L'action est simple : ce qui est partout un mérite, mais ici , plus qu'ailleurs, puisque l'objet principal est la description de l'Italie ; et quelle description passionnée! Au milieu des cités pompeuses et des opulens paysages , c'est pour Oswaid que son amante se plaît à célébrer cette contrée, deux fois classique, et long-temps peuplée de héros, où l'héritage du génie des Grecs lut recueilli par la victoire, et qui depuis retira l'Europe des longues ténèbres du moyen âge. C'est avec lui qu'elle se promène entre les prodiges antiques et les prodiges modernes , près de ces monumens debout encore , mais dont la grandeur égale à peine les débris des monumens renversés. Dans ces palais, dans ces temples qui étalent les chefs-d'œuvre de la peinture, et retentissent des chefs-d'œuvre de l'harmonie; et, sous le plus beau ciel lin monde , pour enflammer l'imagination, de tous côtés viennent s'unir à la puissance des arts la majesté d'une gloire lointaine , l'inspiration des souvenirs et l'éloquence des tombeaux. Ce n'est pas une idée vulgaire que celle de lier tous ces grands objets aux situations d'une âme ardente et mobile. Ainsi les couleurs sont variées : leur éclat éblouit d'abord , lorsque , triomphante au Capitole , heureuse d'ini amour naissant et partagé, Corinne, enchantée du présent, sourit aux promesses de l'avenir. Bientôt les teintes pâlissent