CHAPITRE PREMIER
du nombre des hommes les plus éclairés parmi ceux qui aujourd'hui cultivent en France l'analyse intellectuelle. Il est encore du très -petit nombre des écrivains qui éclaircissent les idées abstraites , et qui savent les rendre sensibles par la justesse des expressions, le mélange heureux des images, l'élégance et la couleur du style.
La Logique de Marmontel est loin de valoir sa Grammaire. Ce qu'il y a de mieux est tiré de la Logique de Port-Royal. Quoique Marmontel en critique avec raison quelques détails , c'est là qu'il paraît avoir borné ses études dans la science; et, pour cela même , son livre est aussi inférieur aux lumières actuelles que le livre d'Arnauld et de Nicole était supérieur aux lumières du temps. Ce qu'il y a d'étrange , c'est que Marmontel se déclare formellement en faveur des idées innées. Il réprimande, à cette occasion, ce qu'il appelle les nouveaux docteurs. Il oublie, sans doute, qu'il s'agit de tous les philosophes qui ont écrit avant Descartes , de tous ceux qui ont écrit depuis Locke; de tous: car un homme, dont la doctrine a beaucoup de vogue aujourd'hui , du moins en Allemagne, Rant, en altérant les principes de Locke, n'admet pourtant pas des idées indépendantes de nos sensations. Marmontel oublie surtout qu'il faut compter , parmi les nouveaux docteurs, son maître et son ami Voltaire, qui
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5o LITTÉRATURE FRANÇAISE.
souvent a ri des idées innées, et qui, sans doute, aurait ri bien davantage , s'il avait pu voir un de ses disciples renouveler, à la fin du dix-huitième siècle, cette rêverie cartésienne. On a lieu de s'étonner qu'un homme de lettres qui a jouid'une renommée légitime à plus d'un égard , un secrétaire perpétuel de l'Académie française, fut si arriéré sur des matières de cette importance. Le volume intitulé Métaphysique porte le même caractère. Cest le vieux nom comme la vieille science; et, si vous en exceptez la dernière leçon, qui renferme une analyse incomplète et superficielle des facultés de l'entendement, Toiivrage roule toiit en tier sur l'existence de Dieu et sur la nature de l'âme. L'auteur répond aux athées ce que les hommes les plus religieux ou les plus sages leur avaient répondu cent fois. Parmi les chrétiens, Pascal, dans ses Pensées; parmi les déistes. Voltaire, dans le Dictionnaire philosophique , avaient agité ces questions délicates avec plus de précision, de profondeur et d'intérêt. Il faut bien mêler un éloge à ces critiques nombreuses, mais que la vérité nous arrache. Sous un seul aspect, ces deux volumes de Marmontel méritent quelque estime : ils sont bien écrits; et, si les idées n'v sont jamais celles tl'un philosophe, le st^de en est toujours celui d'un trèsbon académicien.
Des vues bien autrement profondes caractéri-