‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 120 sur 179 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

loiiian politique, apparemment |>our se ménager à lui-même le droit singulier de faire des tragédies et des odes en prose. Par une contradiction bizarre. Lamotte traduisit Y Iliade en vers; ou plutôt il divisa en douze chants un ouvrage aride, trop court pour une traduction , trop lourd pour lin sommaire de X Iliade. Cette tentative malheureuse était loin de pouvoir encourager les traductions en vers; car V Iliade de Lamotte fut plus décriée d'abord que la Pharsale de Brébeuf , et bientôt plus oubliée que X Enéide de Ségrais. Vers le milieu du dernier siècle, l'abbé Duresnel, aidé par les conseils de Voltaire, intéressa l'attention publique en naturalisant parmi nous deux poèmes de Pope, X Essai sur la Critique^ et X Essai sur V Homme. Long-temps après, un vrai poète, M. Delille, obtint et mérita la première place parmi nos traducteurs en vers. Il ouvrit, en France, aux talens que le travail n'épouvante pas une carrière ouverte en Italie par Annibal Caro ; en Angleterre par Dryd en : carrière, pénible, étendue, honorable, que Pope, si riche de son propre fonds, n'a pas dédaigné de parcourir. Les Géorgiques de Virgile fondèrent la réputation de leur élégant traducteur ; nous le retrouvons à l'époque actuelle traduisant deux poèmes épiques, toujours digne de ses modèles et de lui-même.

Pour la composition , pour le ton général ,

26a LITTÉRATURE FRANÇAISE.

pour les détails, rien ne ressemble moins à X Enéide que le Paradis perdu. Ta perfection de Virgile et l'inégalité de Milton opposaient au traducteur des difficultés diversement effrayantes ; mais rien ne pouvait intimider un écrivain qui a si profondément étudié les secrets de notre versification et les inépuisables ressources de la langue poétique. Dans Y Enéide^ quelle foule de beautés à rendre présentaient le sac de Troie, les amours de Didon , la descente d'Énée aux enfers : ces trois chants célèbres, le modèle et le désespoir des poètes épiques? Quelle foule de beautés encore semées, répandues, prodiguées dans les autres chants : le discours de Junon, la tempête soulevée par Éole, et se calmant à la voix de Neptune; l'épisode d'Andromaque, les jeux célébrés en Sicile, la cour d'Évandre, l'épisode d'Euryale etdeNisus, le conseil des dieux, les harangues de Drancès et de Turnus, et les combats imités d'Homère. La traduction de tous ces brillans morceaux porte l'empreinte plus ou moins marquée du talent de M. Delille ; on y trouve ce qui fait les poètes: l'éloquence des expressions, le choix des images, et le charme puissant des beaux vers.

On savait depuis long -temps que M. Delille traduisait V Enéide:, M. Gaston n'a pas craint de tenter la même entreprise. Ce n'est point là une

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