CHAPITRE VII
d'autres lui reprochent d'avoir négligé tel mot , d'avoir modifié telle image; qu'ils veuillent lui enseigner le latin, l'anglais, et le ramener impérieusement à la traduction littérale , système vicieux en prose et ridicule en vers : nous ne suivrons pas leur exemple. Copier servilement des formes étrangères, c'est travestir à la fois sa propre langue et l'auteur que l'on interprète ; ce n'est pas traduire : c'est calomnier. Voulez -vous faire im portrait ressemblant ? saisissez la physionomie. Voulez-vous rendre fidèlement un classique, en conservant toutes ses pensées? écrivez, s'il est possible, comme il eût écrit dans votre langue; car ce n'est point le mot , c'est le génie qu'il faut traduire.
Durant le cours de l'époque littéraire que nous parcourons, deux traductions en vers de la Jérusalem délivrée ont été publiées successivement. Quoiqu'en thèse générale on doive traduire les poètes en vers, elles sont loin d'avoir éclipsé l'élégante version en prose donnée autrefois par M. Lebrun. L'auteur eut la modestie de cacher son nom ; mais , comme il ne cachait pas son talent, elle obtint l'honneur remarquable d'être attribuée à J.-J. Rousseau. Des deux traductions en vers qui ont paru depuis, on doit la première à M. Baour-Lormian. Le style en est harmonieux, mais un peu faible; et l'auteur aujourd'hui doit
sentir lui-mérae combien son ouvrage a besoin d'être perfectionné. La seconde, plus travaillée, mais moins facile, est peu conforme au génie du Tasse. Le plus fleuri des poètes de l'Europe moderne y est souvent rendu avec une sécheresse aussi étrangère à ses défauts qu'à ses qualités. Cette traduction est de M. Clément, le même qui jadis a publié de nombreux volumes contre Voltaire, Saint-Lambert et M, Delille. Nous ne déciderons pas s'il a bien fait; mais nous croyons pouvoir affirmer qu'il eût mieux fait encore de les étudier, et d'écrire comme eux.
Il est un poëme cyclique dont la marche n'est pas aussi régulière que celle de l'épopée, mais qui du moins en offre toutes les formes de style, et souvent la composition. Nous voulons parler des Métamorphoses cV Ovide ^ l'un des plus beaux monumens de la poésie latine. M. de Saint- Ange, dont le talent spécial est de traduire, a su rendre en vers français tous les détails de cet immense ouvrage, et presque toujours avec une fidélité scrupuleuse que la prose pourrait à peine égaler. Pour se faire une juste idée de l'entreprise, il faut apprécier le brillant chef-d'œuvre d'Ovide. Quelle richesse dans ces tableaux qui se succèdent et se font valoir par des contrastes perpétuels! Quelle variété rapide dans ces narrations qui s'enchaînent par un fil imperceptible; et développent si