CHAPITRE PREMIER. Sy
disciples et les professeurs. On sait quel éclatant succès y obtinrent les leçons de M. Garât sur l'analyse de l'entendement : ce beau travail est imprimé. Après un aperçu général, unique objet de son programme, M. Garât décrit la marche historique et progressive de cette science moderne; il apprécie les différens travaux; il caractérise avec autant d'énergie que de justesse , et souvent par des traits de maître, les différens génies des analystes les plus habiles. Tel est le sujet de sa première leçon. La seconde est une exposition détaillée du plan qu'il doit suivre. Il divise son cours en cinq sections : les sens et les sensations, principes de tout ce qui tient à l'homme; les facultés de l'entendement, moyens de diriger les sens, et de combiner les sensations; la théorie des idées ou de toutes les notions que l'homme peut acquérir par les facultés de l'entendement; la théorie des signes et des langues, c'est-à-dire, de tous les signes naturels ou artificiels par lesquels l'homme exprime les sensations qu'il éprouve, ou les idées qu'il conçoit; enfin la méthode, complément nécessaire des quatre premières parties, puisqu'elle sert à bien diriger à-la-fois les sens et les sensations, les facultés de l'entendement, les idées et les formes du langage. Le cours de M. Garât fut interrompu par cet ascendant des circonstances qui souvent empêche d'achever, ou de publier d'excellens écrits.
Puisse-t-il exécuter aujourd'hui son entreprise, et composer un traité complet digne de l'introduction qu'il nous a donnée! La supériorité d'esprit y est renforcée par cette supériorité de talens qu'elle ne suppose pas toujours. Toutes deux éclatent , soit dans les brillans portraits de Bacon et de ses successeurs, soit dans l'exposition de cette vérité singulière , et pourtant démontrée avec rigueur, que les langues furent nécessaires non-seulement pour exprimer, mais encoi'e pour acquérir des idées; soit lorsque, arrivé à cette formation des langues que J.-J. Rousseau ne pouvait expliquer sans le secours du merveilleux, M. Garât, suivant la route qu'avait frayée Condillac, explique par la nature même comment les signes, qui, sur le visage de l'homme, expriment les sensations, devenant les premiers types des signes artificiels, amenèrent graduellement la plus étonnante et la plus féconde des inventions humaines: l'écriture alphabétique. Enfin, cette centaine de pages renferme plus d'idées saines, plus de vues profondes, plus de substances que tous les gros livres des métaphysiciens de la vieille école. Le style philosophique peut-il être à-la-fois très-éloquent et trèsexact? C'est un des points que M. Garât se proposait d'examiner dans son cours. La question hii semble difficile à résoudre : elle l'est sans doute; mais, en écrivant, il la résout; et, quand on lit de tels ou-