‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 26 sur 179 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

avait dévoilé les causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Les diverses parties de la science législative furent embrassées, liées, coordonnées dans le vaste plan de ï Esprit des Lois : livre semé de quelques erreurs , afin , sans doute, que l'on pût y reconnaître la main d'un homme , mais précis , profond , éloquent , et , parmi les productions philosophiques , celle qui doit le plus long-temps influer sur les destinées de l'espèce humaine. Un esprit du même ordre, J.-J. Rousseau , développa dans le Contrat Social quelques hautes vérités qui , avant lui , n'étaient qu'entrevues. En écrivant sur le gouvernement de Pologne , il exposa des principes moins élevés , mais d'une application plus facile. Mably, que nous retrouverons parmi les historiens , analysa les traités qui formaient alors le droit public de l'Europe : du reste , admirateur passionné des institutions de Sparte et de Rome , attaché avec scrupule aux doctrines de l'antiquité , il ajouta peu d'idées à la science ; mais il la servit par une foule d'écrits estimables , et surtout par ses Entretiens de Phocion ^ où, bien différent de Machiavel, il rattacha la politique entière à l'inaltérable morale.

Le Traité des Délits et des Peines , publié en Italie , avait fait examiner en France notre législation pénale : elle était alors bien vicieuse. Les procès de Calas, de Sirven , de Montbailly , de

Labarre, excitèrent l'intérêt et l'effroi. Un grand homme, qui les rendit encore plus célèbres, Voltaire , que l'on retrouve sur toutes les routes de la gloire, et qui ne dédaigna rien d'utile aux hommes, devint le commentateur de Beccaria. Quelques magistrats éclairés répondirent à ce signal , et surtout le célèbre avocat-général Servan. Après lui, Dupaty s'honora dans la même carrière par ses talens et par son ouvrage. Nous parlons des écrivains, des philosophes, et non pas des criminalistes. Les Considérations sur les Finances , par Forbonnais, d'excellens écrits de Turgot, le livre important de Necker, et ses discussions avec Galonné , répandirent des clartés nouvelles sur le revenu public et sur l'administration. Mirabeau , depuis si renommé à l'Assemblée constituante, donna , durant les dix années qui la précédèrent, un grand nombre d'écrits politiques, parmi lesquels on distingue le livre sur les Lettres de cachet , d'austères Conseils aux républicains des États-Unis sur l'ordre de Cincinnatus , la Lettre aux Bataves sur le stathoudérat, la Lettre à Frédéric-Guillaume, qui occupait le trône qu'avait rempli Frédéric-le-Grand ; enfin l'Essai sur le despotisme : ouvrages qui fondèrent et qui garantissent la réputation de cet énergique écrivain. On ne doit pas citer avec moins d'éloges X Essai sur les privilèges^ première production de M.Sieyes,

Page 1