CHAPITRE II
particulièrement occupé M. de Lacretelle. Ici il examine quelle réparation est due par la société aux accusés reconnus innocens;là, dans un aperçu net et rapide, il trace un plan général pour la réforme des lois criminelles. Ami des dispositions tutélaires, il est loin d'approuver en tout la fameuse ordonnance de 1670, résultat des ces conférences où Pussort obtint une victoire funeste sur l'équitable et judicieux Lamoignon. Mais, de tous les ouvrages de l'auteur, le mieux conçu, le mieux écrit, comme aussi le plus important, nous paraît être son Discours sur les peines infamantes. Il s'agissait de cette odieuse opinion qui faisait autrefois rejaillir sur des enfans et sur une famille entière l'ignominie d'un coupable condamné. Il fallait remonter à l'origine du préjugé, peser ensuite ce qu'il pouvait avoir d'utile, et ce qu'il avait de désastreux, indiquer enfin les moyens à mettre en usage pour en triompher. Les trois parties sont ce qu'elles doivent être; la seconde est d'un grand effet. Quoi de plus touchant que l'histoire de cette famille, honneur du séjour qu'elle habite, et toutà-coup plongée dans l'opprobre par le supplice d'un brigand qu'elle a produit! Elle est encore estimée; et cependant sa considération est perdue; elle se voit abandonnée par l'amitié même, servie avec dédain par ses propres domestiques! Le frère du coupable était honoré dans un régiment comme
un officier plein de mérite; il est contraint de sortir du corps; un suicide le débarrasse de la vie. Sa mère, désespérée, ne lui survit que de trois jours. Un vieillard reste avec ses deux filles, vertueuses et belles. Deux amans passionnés allaient devenir leurs époux : l'un se rétracte : Tamour, qui fait taire l'intérêt et l'ambition, se tait lui-même devant le despotisme du préjugé : l'autre est fidèle; l'hymen est rompu par ses parens; et c'est au nom de l'honneur que sont violées de saintes promesses que l'honneur avait garanties. La famille infortunée ramasse ses débris : elle fuit, elle s'exile; mais c'est trop peu de quitter son pays : à peine, en abjurant son nom, peut-elle échapper à l'infamie qui l'environne au sein même de la vertu. Quoi de plus terrible que l'hypothèse de ce jeune homme, n'ayant d'autre héritage que l'opprobre d'un père coupable, réduit par le désespoir à mériter au moins la honte qu'il subit injustement, ne se voyant plus d'asile que parmi les brigands, et, quand il va subir un juste supplice, reprochant les crimes qu'il a commis à la société qui le rejeta loin d'elle, lorsqu'il était encore innocent! Dans une lettre adressée à l'auteur, un immortel écrivain, Thomas, digne appréciateur de l'honnête et du beau, rendit une justice éclatante à ce notable discours. Tj'ouvrage fut couronné comme utile par l'Acadéïuie française, après l'avoir été comme excellent