‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 35 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sation sociale, efface sans contredit \ Utopie de Thomas Morus , et, pour le fond des idées, l'emporte même sur la République de Platon. C'est aussi par une traduction anonyme que le public fran^çais a pu connaître le livre estimable où Stewart développe les principes de l'économie politiq-je. Smith, Ecossais comme Stewart, en écrivant après lui, enseigne une doctrine toute différente. Son Traité sur la nature et les causes de la richesse des nations pourrait être plus méthodique; nous l'avons déjà remarqué : mais nul ouvrage du même genre ne renferme autant d'instruction solide; et c'est le livre essentiellement classique pour ceux qui veulent étudier la science. L'époque a produit deux traductions de cet excellent traité : l'une de Roucher, l'autre de M. Garnier. La seconde vaut beaucoup mieux que la première : elle n'en offre pas les incorrections fréquentes; elle en offre encore moins les obscurités, car le nouveau traducteur entend les théories économiques. Son travail est complété par des notes instructives; souvent il y explique, souvent même il tâche d'y réfuter l'auteur qu'il traduit. On avait promis un volume c!e notes pour la traduction de Roucher; ce volume n'a point paru; il devait être de Condorcet.

Nous ne faisons pas entrer dans le tableau de notre littérature les actes écrits de l'autorité : le

respect nous le défend. Les lois réclament l'obéissance des citoyens ; et toutes les convenances , même celles du goût, interdisent la louange littéraire partout où la critique est interdite. Ce dont il est juste de louer le gouvernement, dans quelque ouvrage que ce soit, c'est de la garantie qu'il donne à l'indépendance des opinions. Rien de plus légitime, de plus utile, de plus nécessaire que cette indépendance. Le philosophe doit indiquer le but : le lé£;islateur, calculant les résistances, s'arrête à la limite qu'il ne saurait encore franchir. Observons que cette limite est toujours au choix de la puissance; et, pour cela même, la puissance a besoin de recueillir de nombreux avis, qu'elle examine et pèse à loisir. Où il s'agit de l'intérêt de tous, tous ont droit d'exprimer un vœu. Les seules discussions libres peuvent donner de véritables lumières; et les gouvernemens déjà éclairés n'ont jamais craint les lumières publiques.

« Il est de notre devoir de repousser ouvertement « une théorie si contraire aux lumières contempo- « raines, à l'esprit de la nation, au caractère généci reux du héros qui la gouverne, aux constitutions « qui nous régissent , à la liberté religieuse que nous a assure le concordat. Ce n'est point assez que des « ouvrages de cette espèce subissent en quelques «journaux décriés des louanges pires que l'oubli

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