CHAPITRE III
Rln'torjque ; Critique littéraire.
Les ouvrages sur la rhétorique , sur la poétique, sur la critique littéraire, sont nombreux dans notre langue; mais il en est peu qui aient conservé leur réputation. Personne aujourd'hui ne consulte le P. le Bossu , pour apprendre les règles de l'épopée, ni l'abbé d'Aubignac, pour étudier la pratique du théâtre : on lit même assez rarement les écrits du P. Bouhours, rhéteur, dont les hommes les plus éclairés du dix-septième siècle estimaient le goût et la correction. Le Ti^aité des Études de Rollin demeure encore placé parmi nos meilleurs livres élémentaires : car, si l'auteur a peu d'idées neuves, au moins sait-il exposer dans un style élégant et clair les excelîens préceptes de Gicéron et de Qnintilien. Le Cours de belleslettres de Batteux, avec plus de développemens, offre moins d'instruction réelle et beaucoup moins d'intérêt. Le petit ouvrage de l'abbé Fleury sur le choix des études est digne de cet écrivain, si recommandable par un esprit sage et par des connaissances étendues. Des aperçus ingénieux et féconds distinguent le iivre de l'abbé Dubos sur
loo LITTÉRATURE FRANÇAISE.
la Poésie et la Peinture. Les Réflexions sur la Poésie, par Racine le fils , respirent l'école de son illustre père, et le sentiment approfondi des beautés antiques. Les Considérations de Diderot sur le Drame, la Poétique de Marmontel , et ses Élémens rie Littérature y où sa Poéti(|ue est refondue, méritent une lecture attentive, quoique l'on puisse avec raison reprocher à ces deux auteurs des paradoxes que repousse un goût sévère. Mais, parmi nous, les écrivains restés modèles furent aussi des critiques du premier ordre. Quoi de plus solide que les Dialogues sur V éloquence ^ composés par Fénélon? Quoi de plus exquis en littérature que sa Lettre à l'Académie française ? Quoi de plus lumineux, depuis la Poétique d'Aristote, que les trois Discours de Corneille sur la tragédie, et même que les Examens de ses pièces? Quelques préfaces de Racine, une seule de Molière, celle de Tartufe, et plusieurs scènes de l'Impromptu de Versailles, suffisent pour démontrer combien ces deux hommes admirables excellaient dans la théorie des arts qu'ils ont portés à la perfection. Quant à Voltaire, en lisant ses Commentaires sur Corneille, ses Mélanges, cent articles de son Dictionnaire philosophique, les préfaces de ses tragédies, et jusqu'à sa correspondance, il est impossible de ne pas reconnaître un véritable arbitre du goût, et le plus grand littérateur de