‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 47 sur 179 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

même en déclamations virulentes. La Harpe, autrefois partisan de cette philosophie, en devint l'ennemi acharné, quand son cœur fut touché par la grâce : mais la grâce , en lui prodiguant la foi, ne lui avait donné ni l'équité ni la dialectique. Aussi les sentences qu'il a portées contre les philosophes célèbres sont-elles cassées par le tribunal de l'opinion publique; et, quand, par exemple , il combat les deux idées fondamentales des livres d'Helvétius, on voit, par ses propres argumens, qu'il s'est épargné le temps et la peine de bien comprendre les opinions qu'il croit réfuter.

La correspondance russe exige plus de développemens. Thiriot jadis était à Paris le gazetier littéraire du roi de Prusse, Frédéric - le - Grand : chargé du même emploi pour l'héritier du trône de Russie, depuis l'empereur Paul I", La Harpe, dans sa gazette payée, qu'il appelle Correspondance^ sacrifie tous les écrivains de son siècle à une seule idole; et cette idole, c'est lui-même. J.-J. Rousseau est le plus ingénieux des sophistes et le plus éloquent des rhéteurs; Buffon prononce à l'Académie française deux discours du plus mauvais goût; les éloges que lit d'Alembert ne sont que des ana. rédigés par un homme d'esprit ; Thomas est monotone; trois prix remportés par M. Garât ne l'empêchent pas d'être plus fait pour

la philosophie que pour l'éloquence; encore s'agit-il uniquement de la philosophie moderne, comme on le voit dans une note amère, écrite après la conversion de La Harpe; Condorcet ne peut s'élever à l'éloge oratoire; et Ton a tort de l'appeler un beau génie ; mais il existe un homme , un seul homme qui mérite d'être ainsi nommé; qui n'est ni philosophe comme M. Garât, ni monotone à la manière de Thomas; qui ne fait point des ana d'homme d'esprit comme d'Alembert; qui n'est point de mauvais goût comme Buffon , encore moins rhéteur éloquent et sophiste ingénieux comme J.-J. R^ousseau. Dans la carrière dramatique , Du Belloi , Lemière , Colardeau , Chamtort, Saurin, font très-mal de réussir, et leurs succès sont arrangés; 3L Ducis abuse du pathétique. Un seul homme, qui n'arrange point de succès , et qui n'abuse de rien , soutient l'honneur delà scène tragique; les Barmécides, Jeanne de Naples, les Brames, tempèrent les émotions trop fortes qu'avaient causées Gabrielle de Vergy , OEdipe chez Admète, ]NL^cbeth et le roi Léar. Les poésies légères n'offrent plus cette politesse aimable qui les ornait dans le bon temps : heureusement la France possède encore un seul homme aimable et poli, qui fait des couplets sur l'air de la Baronne , sur l'air de Joconde , sur Tair des Folies d'Espagne, sur lair Réveillez- vous, belle

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