‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 70 sur 179 · CHAPITRE V. i6t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i6t

ouvrages de Tacite. Son choix est excellent ; mais , il faut l'avouer, d'Alembert, malgré tout son mérite, a peu réussi dans sa traduction : même il y est constamment sec; précis, mais en géomètre et non pas en grand écrivain; d'ailleurs, souvent infidèle au texte , et plus souvent au génie de Tacite. Les six derniers livres des Annales et les cinq livres de l'Histoire ne font point partie du travail de La Bléterie, travail dont la vie d'Agricola est l'article le plus estimé. Ce chefd'œuvre , où tant de choses tiennent si peu d'espace, a été de nouveau traduit, il y a douze ans, par M. des Renaudes, à qui l'on doit une portion d'éloges; car il écrit avec soin, même avec scrupule : mais nous craignons toutefois que son style n'ait pour l'ordinaire plus de recherche que de nerf et de coloris. Dotteville et Bureau de la Malle nous ont donné deux traductions complètes de Tacite : l'une est antérieure à notre époque ; l'autre a paru pour la première fois , il y a dixhuit ans. Celle que nous devons à Dotteville offre beaucoup de choses estimables: une vie de Tacite, où l'érudition est embellie par une saine littérature; des abrégés supplémentaires, où l'auteur a eu le bon esprit de ne pas vouloir être brillant ; les notes diversement instructives qui accompagnent la traduction; souvent cette traduction même retravaillée à chaque édition nou-

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veile, mais qui pourtant renferme encore trop de périphrases, trop d'équivalens substitués aux expressions du texte, comme s'il pouvait y avoir des équivalens avec Tacite! Bureau de la Malle, en son discours préliminaire , a clairement exposé , d'après un Mémoire de La Bléterie , quelles magistratures réunies formaient dans l'empire romain le pouvoir du prince. Il nous paraît moins heureux lorsqu'il veut prouver en forme que la cruauté des empereurs était un moyen de finance , et que la proscription des riches pouvait seule fournir à la magnificence impériale Sans pousser trop loin la discussion , Titus fut aussi magnifique , ce sont les propes termes de Suétone , qu'aucun des empereurs qui l'avaient précédé : nous savons que Trajan le fut encore davantage ; et cette réponse doit suffire. Eclaircissant le texte par des notes courtes et judicieuses ; laissant , comme des vides inaccessibles, ces lacunes désespérantes que le génie même ne pourrait remplir, Bureau de la Malle , en qualité de traducteur, surpasse presque toujours La Bléterie, d'Alembert et Botteville. Attentif à corriger sans cesse, comme on le voit par l'édition publiée depuis sa mort , il s'attache plus qu'aucun d'eux aux idées, aux images, aux expressions de son modèle. Et quel modèle eut jamais droit d'exiger une fidélité plus respectueuse! Soit que, d'une plume austère, il décrive

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