‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 73 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

critique de la République romaine. Elle commence à la fondation de Rome, et comprend même un abrégé de l'histoire de l'empire. Nous avons déjà beaucoup de livres sur les Romains ; et , quoique cette production ne soit pas dépourvue de mérite , elle est loin d'offrir l'intérêt qui règne dans le rapide et brillant ouvrage de Vertot. Est-il besoin d'ajouter qu'il n'y faut pas chercher la profondeur d'idées, la hauteur de style, l'étendue de résultats que nous admirons dans le chef-d'œuvre de Montesquieu ? L'on savait d'ailleurs depuis long-temps que les premiers siècles de Rome présentaient peu de certitude historique; à cet égard , M. Lévèque s'est donné la peine de prouver fort en détail ce qu'on avait prouvé avec concision , et ce dont personne ne doutait plus. Il y a, au contraire, dans son travad, une partie qui pourra sembler beaucoup trop neuve. Lécrivain déprime avec affectation le peuple dont il écrit l'histoire . et en particulier plusieurs Romains des plus illustres : les deux Brutus , par exemple , les deux Caton , Fabius Maximus et même Cicéron. Excepté ce qui concerne Caton l'ancien, les inculpations de M. Lévéque paraissent très-frivoles. Il a voulu , dit-on , affaiblir V enthousiasme qu inspirent les Romains; il a craint que cet enthousiasme ne fit naître le mépris et le dégoût des gouvernemens qui ne ressemblent pas à leur république : certes .^

i68 LITTÉRATURE FRANÇAISE.

le motif est louable; mais il n'est pas suffisant pour calomnier des personnages dont la gloire est fondée sur des titres immortels; bien moins encore un peuple entier qui, sans doute, exagère l'amour des conquêtes, mais qui laisse partout sur ses traces l'empreinte ineffaçable de sa grandeur, et chez qui, depuis tant de siècles, les premiers hommes des premières nations modernes ont trouvé de sublimes modèles et de talens et de vertus.

Anquetil, en débutant dans la carrière historique, avait attiré l'attention des lecteurs par deux ouvrages intéressans et même assez bien écrits : X Esprit de la Ligue ^ et ï Intrigue du Cabinet. Nous n'en pourrons dire autant des productions de sa vieillesse; et d'abord nous trouvons ici son Histoire universelle , abrégé faible et vide du volumineux ouvrage des gens de lettres anglais. L'entreprise ne valait guère la peine d'être tentée. Rien ne serait plus utile assurément qu'une bonne histoire universelle. Nous n'entendons parler ici ni d'un rassemblement indigeste des annales de toutes les nations, ni d'une simple table des matières; il ne s'agit même pas d'un beau discours oratoire, où tout roule sur une seule idée religieuse; où, à travers quelques époques marquées par des traits rapides, on cherche toujours l'instruction en trouvant de l'éloquence ; où l'on

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