CHAPITRE V
nation , la distribuant en trois ordres , mais sachant maintenir l'équilibre entre ces divers élémens, bien convaincu que sa vaste domination ne peut avoir de base solide que la liberté publique ; Louis-le-Débonnaire, maîtrisé par les grands, humilié par les prêtres; après lui, l'empire de Charlemagne divisé; dans le royaume de France, échu en partage à Charles-le-Chauve, les bénéfices militaires prenant tout-à-coup le nom de fiefs, changement qui marque dans notre histoire la véritable origine du gouvernement féodal; ces faibles monarques, suivis d'héritiers plus faibles encore ; et, comme au déclin de la première race, de nouveaux rois fainéans, laissant tour à tour envahir le trône par Eudes, comte de Paris, par Raoul, duc de Rourgogne, et par Hugues Capet, qui le ravit pour toujours à la maison régnante, et fonde la troisième dynastie. Le gouvernement féodal , accru sans cesse depuis Charles-le-Chauve , et prévalant sur le peuple, sur le clergé, sur la royauté même, fut ensuite affaibli progressivement durant deux siècles : sous Louis VI, par l'établissement des communes; sous Philippe -Auguste, par l'admission des vassaux inférieurs et des officiers royaux dans la cour des pairs, longtemps composée îles seuls grands vassaux; sous Louis IX , par les réformes judiciaires qui détruisirent au profit de la royauté l'influence des jus-
tices seigneuriales; enfin, sous Philippe-le-Bel , quand les seigneurs perdirent presque à la fois le droit de guerre et le droit de battre monnaie. Ce prince habile restreignait en même temps le pouvoir du clergé, celui même du souverain pontife. Il convoquait la nation , non pour la rendre libre, ainsi qu'avait fait Charlemagne, mais pour s'en servir contre les grands. De là vinrent les états-généraux, qui, durant tout ce quatorzième siècle, firent pour la liberté des efforts courageux, mais sans succès : efforts appréciés par Mably et Thouret, après avoir été calomniés par l'ignorance ou la servilité de presque tous nos historiens. Dans le même siècle , naquit avec les lits de justice l'autorité du parlement; revêtu d'abord du droit d'enregistrement, bientôt devenu permanent, un peu plus tard se confondant avec la cour des pairs, tantôt opposé par les rois à la représentation nationale, tantôt chargé de porter au pied du trône les doléances des provinces, et, par une suite du droit de remontrance , croyant ou voulant participer au pouvoir législatif. Mais on voit la puissance monarchique agrandie par Charles V, abandonnée à l'étranger par Charles VI , reconquise par Charles VII, rendue odieuse pailes intrigues de Eouis XI , respectable par les vertus de Louis XII , formidable par les armées permanentes de François r', maintenue sous Henri II