ACTE V, SCÈNE II. i
Faudra-t-il des humains implorer les secours? Non , tout ce qui respire est injuste et barbare.
LA SALLE
Madame!...
MADAME CALAS
Pardonnez : le désespoir m'égare.
Où trouverai-je, hélas! des humains tels que vous?
Ecoutez mes conseils.
MADAME CALAS
Oui , je les suivrai tous , Je le veux, je le dois: mais plaignez ma misère; L'infortune m'accable , et ma raison s'altère.
LA SALLE
De soulager vos maux j'ai cherché les moyens. Ce jugement affreux , la perte de vos biens , D'un plus doux avenir la lointaine espérance, Auront autour de vous glacé la confiance.
31 A DAME CALAS
Oui : tels sont les amis.
LA SALLE
J'ose attendre de vous , J'ose vous supplier, madame, à vos genoux...
MADAME CALAS
Ciel !
LA SALLE, lui ofifrant une bourse pleine d'or.
Daignez accepter...
MADAME CALAS
Homme simple et sublime.
i54 JEAN CALAS.
Dont j'admire en pleurant la pitié magnanime. Je n'ai besoin de rien.
Comment ?
MADAME CALAS
Je sais souffrir.
LA SALLE
Vous dédaignez l'appui que je viens vous offrir! Ce métal, inutile aux mains de l'avarice, Prodigué par l'orgueil, perdu par le caprice, Trop souvent des forfaits l'instrument abhorré, Quand il sert la vertu, devient pur et sacré.
MADAME CALAS
Héros de la justice et de la bienfaisance. Qui vous rendra cet or?
LA SALLE
Le ciel , ma conscience.
MADAME CALAS, recevant la bourse.
Mon cœur est entraîné; non, je n'aurai jamais L'orgueil de repousser vos généreux bienfaits : Non; je vous rends justice, et rien ne m'humilie; Je vous devrai l'honneur, je vous devrai la vie. Mais où courir enfin? dans les murs de Paris, D'une mère aux abois faire entendre les cris ? Raconter mes douleurs, montrer mon infortune? Hélas! aux gens heureux la plainte est importune; Vous le savez: un cœur qm n'a jamais souffert \ux cris des opprimés est rarement ouvert :