ACTE V, SCENE IL
LA SALLE
Ils y verront aussi votre innocence écrite.
La voilà , diront-ils , la famille proscrite !
La pitié se taira dans le fond de leurs cœurs :
Ils oseront peut-être insulter à nos pleurs.
Mais que dis-je? Non loin de la rive chérie
Oîi nous courons chercher une ombre de patrie
Habite notre fils , dernier fruit de l'amour ;
Ce fils, depuis six mois absent de ce séjour.
Quand il verra couler les larmes de sa mère,
Il l'interrogera sur son malheureux père;
Et sa mère expirante, avec de longs sanglots,
Dira: «Ton père est mort sous la main des bourreaux ! »
Dieu cher aux tolérans , haï des fanatiques , Dieu de tous les humains, non des seuls catholiques. Tandis que tu reçois l'encens de l'Univers Devant toi rassemblé sous des cultes divers, Tu vois ces opprimés ; unis pour leur défense Tes dons les plus parfaits, la gloire et l'éloquence! Fais, d'un injuste arrêt, triompher l'équité, Et que l'humaine erreur cède à la vérité !
i58 JEAN CALAS.