ACTE II, SCENE III
C RAM MER
D'un serviteur zélé vous devez plus attendre;
Je viens pour vous servir, je viens pour vous défendre.
Quand le bonheur public naissait autour de vous,
Je priais pour vos jours et ceux de votre époux;
Au temple renfermé , dans nos paisibles fêtes ,
Je conjurais le ciel de veiller sur vos têtes;
Les vœux d'un peuple entier s'unissaient à mes vœux :
Je n'entends aujourd'hui que ses cris douloureux ;
Et je viens en des lieux pleins de vos infortunes
Apporter mes sanglots et les plaintes communes.
ANNE DE ROULE N
Ah! comptez-vous fléchir mon insensible époux?
c RAM MER.
Je l'ai vu ; j'ai tenté d'apaiser son courroux. J'ai tenté ; trop heureux si mon récit fidèle Pouvait d'un plein succès vous donner la nouvelle ! Mais il m'a refusé, sans lasser mon espoir. Que dis-je ? votre époux consent à vous revoir. J'assiégerai ses pas. Vous aussi , vous , madame , Tâchez par vos discours de ramener son ame ; Montrez-lui, sur un front plus soumis qu'abattu, La tranquille douleur qui sied à la vertu.
ANNE DE ROULE N
Vous me rendez, Crammer, un rayon d'espérance; Et j'en avais besoin....
CRAMMER
Je le vois qui s'avance.
Il est maître, il est fier; cherchez à l'attendrir. Adieu. (Il sort.)