SCÈNE IV
GRACCHUS, LICINIA, CORNÉLIE, FULYIUS, LE PEUPLE.
GRACCHUS
Citoyens, mes égaux, mes amis, et mes frères, Venez quelques momens respirer dans mon sein; La maison de Gracchus est au peuple romain. D'un sénat oppresseur vous voyez l'insolence; Chez les républicains le peuple est sans puissance; Et le monde, par vous soumis à vos tyrans. Voit dans les mêmes fers gémir ses coiiquérans.
i8o CAIUS GRACCHUS.
Auprès des sénateurs dépouillez la contrainte: Si vous les abordez sans respect et sans crainte, Non les regards baissés, tels qu'au pied des autels On vous voit présenter vos vœux aux immortels. Non comme les soutiens , les protecteurs du Tibre , Mais comme vos égaux, membres d'un peuple libre; Si vous foulez aux pieds l'orgueil patricien; Enfin si vous pouvez , fiers du nom plébéien , Sourds aux vains préjugés d'une antique noblesse, Concevoir votre force et sentir leur faiblesse; Tous ces droits éternels que vous avez perdus, Soyez sûrs qu'en un jour ils vous seront rendus. Détruisez, renversez ces abus sacrilèges. Tous ces vols décorés du nom de privilèges. Jusqu'ici, peu jaloux de votre dignité, Vous avez adoré le nom de liberté :
Elle n'existe point dans les remparts de Rome, Partout où l'homme enfin n'est point égal à l'homme. Mais la fin de vos maux est en votre pouvoir; Et punir ses tyrans, c'est remplir un devoir.
LE PEUPLE
Jusqu'au fond de nos cœurs sa voix se fait entendre: (.l'est la voix de son frère.
GRACCHUS
Amis, voyez sa cendre.
Là de Tibérius les débris consumés Par la main fraternelle ont été renfermés. Vous l'avez tous connu: ce sublime ijéiiie.