ACTE II, SCÈNE IV
Vous n'avez pas besoin de me ravir le jour.
Ah! je saurais mourir; mais, hélas! je suis mère;
Mais je laisse une fille , et vous êtes son père ;
Ou plutôt maintenant ma fille n'en a plus;
Au fond de votre cœur tous ses droits sont perdus :
Ma fille est sans appui ; moi seule je lui reste ,
Et je sens que ma mort lui serait trop funeste.
Faudra-t-il que ses yeux, errans dans ce palais.
Cherchent toujours mes yeux sans les trouver jamais ?
Que sa voix innocente, et jamais entendue.
Appelle en vain sa mère au tombeau descendue?
Non; c'est trop de rigueur. Nous quitterons ces lieux;
Vous ne re verrez plus des objets odieux :
Nos deux noms inconnus périront sur la terre;
Loin de vous, loin d'ici, bien loin de l'Angleterre,
En quelque antre écarté je puis m'ensevelir :
La misère et l'exil ne me font point pâlir ;
Dans les bois, dans les flancs d'un rocher solitaire.
J'irai , j'irai cacher et la fille et la mère.
HENRI, à part.
Je succombe. Ah! Seymour!
ANNE DE BOULEN
J'embrasse vos genoux,
HENRI
Arrêtez.
ANNE DE BOULEN
Dois-je encor espérer...
HENRI
Levez-vous.
Mon cœur voudrait, madame, exaucer vos prières; Mais souvent un monarque a des devoirs sévères. D'ailleurs à mes bontés faut-il avoir recours, Quand les juges n'ont point prononcé sur vos jours? Je ne puis deviner leur sentence suprême: Attendez-la du moins , je l'attendrai moi-même ; Je lui dois obéir : vous savez que les lois Sont l'organe du ciel et commandent aux rois. Puissiez-vous désarmer un tribunal sévère! A ma fille , à la vôtre allez montrer sa mère. Adieu.