‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 169 sur 269 · ACTE I, SCÈNE I. i-j · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i-j

Peut-être ce lien, me disais-je à moi-même,

Est un poids révéré qu'on porte avec effort.

Peut-être cette paix n'est qu'un sommeil de mort.

Ainsi je nourrissais dans cette solitude

Je ne sais quelle vague et sombre inquiétude :

Ainsi tout préparait mon âme au changement!

Mais hier, dans la nuit, un triste événement

A redoublé la crainte et la mélancolie

Qui déjà corrompaient les destins d'Amélie.

Vous connaissez la voûte et les degrés obscurs

Qui conduisent du temple en ces paisibles murs.

A l'heure où finissait la nocturne prière,

Un peu loin de nos sœurs, je montais la dernière.

Pensive, et les regards sur la terre attachés,

Me livrant tout entière à mes chagrins cachés.

Tandis que de ces soins j'étais préoccupée.

Tout à coup d'un bruit sourd mon oreille est frappée ;

Je marche vers ce bruit; je m'arrête, et j'entends

Le cri d'un être faible, et qui souffrit long-temps.

Cette plaintive voix , ces sons lents et funèbres ,

Plus déchirans encore au milieu des ténèbres ,

Ont accablé mes sens glacés d'un morne effroi.

Et du fond d'un cercueil semblaient monter vers moi.

ISAURE

Oubliez tout , ma fille , ou vous êtes perdue.

AMÉLIE

Isaure !

I s AU RE.

Vous voyez combien je suis émue.

Chère Amélie , au nom du plus tendre intérêt , D'un tel événement renfermez le secret.

L'abbesse de ces lieux auprès de nous s'avance : Avec elle surtout observez le silence.

(Elle sort.)

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