ACTE I, SCÈNE I. i-j
Peut-être ce lien, me disais-je à moi-même,
Est un poids révéré qu'on porte avec effort.
Peut-être cette paix n'est qu'un sommeil de mort.
Ainsi je nourrissais dans cette solitude
Je ne sais quelle vague et sombre inquiétude :
Ainsi tout préparait mon âme au changement!
Mais hier, dans la nuit, un triste événement
A redoublé la crainte et la mélancolie
Qui déjà corrompaient les destins d'Amélie.
Vous connaissez la voûte et les degrés obscurs
Qui conduisent du temple en ces paisibles murs.
A l'heure où finissait la nocturne prière,
Un peu loin de nos sœurs, je montais la dernière.
Pensive, et les regards sur la terre attachés,
Me livrant tout entière à mes chagrins cachés.
Tandis que de ces soins j'étais préoccupée.
Tout à coup d'un bruit sourd mon oreille est frappée ;
Je marche vers ce bruit; je m'arrête, et j'entends
Le cri d'un être faible, et qui souffrit long-temps.
Cette plaintive voix , ces sons lents et funèbres ,
Plus déchirans encore au milieu des ténèbres ,
Ont accablé mes sens glacés d'un morne effroi.
Et du fond d'un cercueil semblaient monter vers moi.
ISAURE
Oubliez tout , ma fille , ou vous êtes perdue.
AMÉLIE
Isaure !
I s AU RE.
Vous voyez combien je suis émue.
Chère Amélie , au nom du plus tendre intérêt , D'un tel événement renfermez le secret.
L'abbesse de ces lieux auprès de nous s'avance : Avec elle surtout observez le silence.
(Elle sort.)