‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 171 sur 269 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Bientôt le voile auguste ornera votre tête : • Déjà l'époux sacré vous attend aux autels ; Fénélon recevra vos sermens immortels.

AMÉLIE

Fénélon! par vos soins j'appris dès mon enfance A chérir ses vertus et sa douce éloquence ; Zélé sans amertume, austère sans rigueur, Il ne sait point, dit-on, tyranniser un cœur.

Le vôtre, mon enfant, se donnera sans peine: Elevée en ces lieux, vous aimez votre chaîne; Et le ciel est content de ces vœux épurés, Saints comme le ciel même à qui vous les offrez. Il est des nœuds moins doux , des sermens plus pénibles; Nous voyons trop souvent, dans ces cloîtres paisibles. Un cœur qui, dans le monde, épris de mille erreurs, Des folles passions a senti les fureurs. Recueillir ses débris dispersés par l'orage. Et chercher parmi nous un port en son naufrage. Vainement il aspire à la tranquillité; Au pied du sanctuaire il se sent agité; Du Dieu qu'elle a cherché l'épouse criminelle. Etendant loin du cloître un regard infidèle, Vers les plaisirs du monde a des retours secrets, Et tient long-temps à lui , du moins par les regrets. Mais jusqu'ici votre âme, encor neuve et docile, A. respiré l'air pur qui règne en cet asile; Le souffle empoisonné d'un monde séducteur

276 FENELON.

Jamais de vos désirs n'altéra la candeur.

AMÉLIE

Ah ! que votre bonté m'écoute , et me pardonne.

Qu'est-ce donc? qu'a vez-vous?

AMÉLIE

Mon nouveau sort m'étonne.

Comment !

AMÉLIE

C'est pour jamais que je vais m'engager?

Sans doute.

AMÉLIE

Pour jamais ! je tremble d'y songer.

Qui ? vous ?

AMÉLIE

De mes devoirs la sainteté m'accable.

Mon cœur prêt à franchir un pas si redoutable, Un peu de temps encor voudrait s'y préparer : Exaucez-le, madame, et daignez différer.

l'abbesse.

Différer, dites- vous?

AMÉLIE

Oui, je vous en supplie.

Puis-je à cette tiédeur reconnaître Amélie?

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