‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 173 sur 269 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Sachez de vos destins supporter la rigueur; Ne les oubliez plus, et domptez votre cœur.

Ce cœur que sous vos lois j'ai fait plier sans cesse

Connaît la modestie, et non pas la bassesse.

Ce discours vous surprend : si j'ai pu m'égarer,

Montrez-moi mon erreur, et daignez m'éclairer.

Comment suis-je flétrie avant que d'être née?

Ah! je n'ai point choisi ma triste destinée;

Ce n'est pas d'un hasard que doit rougir mon front;

Mon sort est un malheur, mais non pas un affront.

Vous avez autrefois accueilli mon enfance;

J'ai long-temps de votre âme éprouvé l'indulgence;

Et, malgré vos rigueurs, je ne croirai jamais

Avoir acquis le droit d'oublier vos bienfaits.

Mais sachez me connaître, et plaignez Amélie:

Ces mortels méprisés dont j'ai reçu la vie.

Dans le sein qui m'anime ont mis une fierté

Qu'on ne fait point fléchir par la sévérité.

Soumise à la douceur, je fus long-temps timide;

C'est votre dureté qui me rend intrépide :

Mais puisqu'enfin je puis vous expliquer mes vœux ,

D'une âme libre et pure écoutez les aveux.

Au pied de cet autel, qui fut souvent sinistre.

De l'Eternel bientôt je verrai le ministre :

Ne fondez plus d'espoir sur ma timidité;

Je ne mentirai point au Dieu de vérité.

D'autres ont prononcé le serment de la crainte:

28o FÉNÉLON.

Vous entendrez ma bouche, incapable de feinte, Rejeter loin de moi des liens que je hais : Voilà dès aujourd'hui le serment que je fais.

Ah ! je ne reçois point ce serment sacrilège. Adieu. Gardez-vous bien de tomber dans le piège; Vous avez mis un terme à ma tendre amitié ; Mais je veux écouter un reste de pitié. A vos premiers désirs cessez d'être infidèle; C'est la nécessité, c'est Dieu qui vous appelle; Immolez à ce Dieu vos faibles volontés : Je saurai vous punir, si vous me résistez.

(Elle sort.)

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