ACTE I, SCENE II
Sachez de vos destins supporter la rigueur; Ne les oubliez plus, et domptez votre cœur.
Ce cœur que sous vos lois j'ai fait plier sans cesse
Connaît la modestie, et non pas la bassesse.
Ce discours vous surprend : si j'ai pu m'égarer,
Montrez-moi mon erreur, et daignez m'éclairer.
Comment suis-je flétrie avant que d'être née?
Ah! je n'ai point choisi ma triste destinée;
Ce n'est pas d'un hasard que doit rougir mon front;
Mon sort est un malheur, mais non pas un affront.
Vous avez autrefois accueilli mon enfance;
J'ai long-temps de votre âme éprouvé l'indulgence;
Et, malgré vos rigueurs, je ne croirai jamais
Avoir acquis le droit d'oublier vos bienfaits.
Mais sachez me connaître, et plaignez Amélie:
Ces mortels méprisés dont j'ai reçu la vie.
Dans le sein qui m'anime ont mis une fierté
Qu'on ne fait point fléchir par la sévérité.
Soumise à la douceur, je fus long-temps timide;
C'est votre dureté qui me rend intrépide :
Mais puisqu'enfin je puis vous expliquer mes vœux ,
D'une âme libre et pure écoutez les aveux.
Au pied de cet autel, qui fut souvent sinistre.
De l'Eternel bientôt je verrai le ministre :
Ne fondez plus d'espoir sur ma timidité;
Je ne mentirai point au Dieu de vérité.
D'autres ont prononcé le serment de la crainte:
28o FÉNÉLON.
Vous entendrez ma bouche, incapable de feinte, Rejeter loin de moi des liens que je hais : Voilà dès aujourd'hui le serment que je fais.
Ah ! je ne reçois point ce serment sacrilège. Adieu. Gardez-vous bien de tomber dans le piège; Vous avez mis un terme à ma tendre amitié ; Mais je veux écouter un reste de pitié. A vos premiers désirs cessez d'être infidèle; C'est la nécessité, c'est Dieu qui vous appelle; Immolez à ce Dieu vos faibles volontés : Je saurai vous punir, si vous me résistez.
(Elle sort.)