SCÈNE IV
AMÉLIE, ISAURE
AMÉLIE
Chère Isaure , est-ce toi ?
ISA.URE
J'accours auprès de vous.
Hélas! qu'avez-vous fait? L'abbesse est en courroux. Sait-elle qu'à ses lois votre âme est infidèle?
AMÉLIE
J'ai tout dit. J'ai fait plus : j'ai juré devant elle Que la triste Amélie, à la face des cieux, Ne prononcerait pas des sermens odieux.
ISAURE
Qu'a-t-elle répondu?
AMÉLIE
Si je fais résistance, Je dois, m'a-t-elle dit, éprouver sa vengeance.
ISAURE
Et que résolvez-voUs ?
4MÉLIE
jDe lui désobéir.
ISAURE
Ecoutez, Amélie, et vous allez frémir.
Ecoutez. Je vous parle avec pleine franchise : A des lois ({Lie je hais vous me voyez soumise.
282 FÉNÉLON
Les nœuds que j'ai formés sont le choix du malheur, Le vœu de l'indigence, et non pas de mon cœur. Dans cet asile sombre où je fus entraînée, J'ai maudit quatorze ans ma dure destinée : Sans cesse autour de moi je n'ai vu qu'un tombeau ; Quand je fis mon serment vous étiez au berceau : Mes soins pour votre enfance, 6 ma chère Amélie, Parfois m'ont fait sentir et supporter la vie : Ce temps est déjà loin; tout s'écoule, et je voi Que vous serez à plaindre, hélas! autant que moi. Ne le soyez pas plus ; crovez-en mes alarmes : Je pleure, et c'est sur vous que je répands des larmes; N'aggravez point les maux qui vous sont préparés : Soumettez-vous, ma fille, en vain vous espérez. • L'espérance , à votre âge , est prompte à nous séduire. Un exemple effrayant, dont je peux vous instruire, Un châtiment bien long... vous ouvrira les yeux; Il existait déjà quand je vins en ces lieux.
AMÉLIE
Gomment !
I s AU RE.
Il dure encor.
AMÉLIE
Quel est donc ce mystère?
Je ne vous comprends pas.
ISAURE
J'aurais dû vous le taire.
Mais enfin mon devoir cède à votre intérêt;