‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 177 sur 269 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

C'est moi qui tous les jours, à l'aurore naissante,

Lui porte en ce cachot de tristes alimens.

Qui de ses jours flétris prolongent les tourmens.

AMÉLIE

Des femmes ont osé...! mais apprends-moi son crime.

ISAURE

Je l'ignore.

AMÉLIE

Quel est le nom de la victime ?

ISAURE

Hélas! je ne sais rien que ses revers affreux.

Plutôt que de former d'abominables nœuds,

Près d'elle, en ce tombeau... Que son sort m'intéresse!

Si votre ame pour moi ressent quelque tendresse...

ISAURE

En doutez-vous?

AMÉLIE

Je veux la voir, et lui parler.

ISAURE

Vous, ma fille!

AMÉLIE

A l'instant.

ISAURE

Vous me faites trembler.

Vous voulez...

AMELIE.

Compatir à sa douleur mortelle,

286 FENELON.

Peut-être l'adoucir, m'affliger avec elle, Recueillir ses sanglots, entendre ses malheurs, Et de ses yeux mourans essuyer quelques pleurs.

1 s AU RE.

Moi! je vous conduirais...!

AMÉLIE

C'est trop vous en défendre.

I s AU RE.

Mais vous ne songez pas qu'on pourraitnous surprendre.

AMÉLIE

Je vous suivrai de loin , lentement , pas à pas ; Les yeux de nos tyrans ne nous surprendront pas. Vers la victime enfin mon âme est entraînée: A soulager ses maux je me sens destinée. Venez.

ISAURE

Vous l'exigez?

AMÉLIE

J'embrasse vos genoux.

ISAURE

Suivez-moi, mon enfant: ciel, prends pitié de nous!

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