ACTE III, SCENE I. 3o
De riches vêtemens, D'un ministre du ciel superbes ornemens.
FÉNÉLOIV.
Eh quoi! vous n'avez point de pauvres dans la ville?
LE MAIRE
Hélas!
FÉNÉLON
Vous en avez : où donc est leur asile ? Le prix de tous ces dons pouvait les secourir : Songez que c'est leur pain que vous venez m'offrir. Remportez vos présens; un vertueux exemple Suffira pour orner le pontife et le temple . Donnez aux malheureux cet or et cet argent: Le ministre d'un Dieu qui vécut indigent Ne doit point, crovez-moi, connaître l'opulence, Ni d'un luxe barbare étaler l'insolence. Bon peuple! dans ces murs je fixe mon séjour: Je ne quitterai point mes enfans pour la cour; Je veux des citoyens justifier la joie; C'est un père, un ami que le ciel vous envoie. Guidez mes premiers pas : adressez à mes soins Ceux qui sont accablés du fardeau des besoins; Ouvrez à mes regards le toit de la misère; Montrez-moi chaque jour le bien que je puis faire: Mes enfans, n'épargnez ni mon temps, ni mes biens; Je suis votre archevêque , et je vous appartiens. Pour prix de mes efforts, faites, s'il est possible,
3o4 ^ FÉNÉLON.
Que toujours mon troupeau soit heureux et paisible. Je sais que ces remparts renferment dans leur sein De nombreux partisans de la foi de Calvin : Ne voyez point en eux d'odieux adversaires; Plaignez-les, aimez-les: ils sont aussi vos frères. L'erreur n'est pas un crime aux yeux de l'Eternel ; N'exigez donc pas plus que n'exige le ciel. Sous nos cinq derniers rois, la seule intolérance A fait un siècle entier les malheurs de la France. Gagnons, persuadons, n'aigrissons point les cœurs; Nous, prêtres, nous surtout qui sommes les pasteurs, Voulons-nous ramener des brebis égarées.
Du fidèle troupeau trop long-temps séparées? La douceur et le temps combleront nos désirs; Et jamais la rigueur n'a fait que des martyrs. Allez, ( ï'^ ^'^° "^°°*- )