‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 225 sur 269 · ACTE 1, SCÈNE llî · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE llî

A nos vaillans guerriers, Cartilage en vain s'oppose: Pour lui fermer la mer déjà tout se dispose; Timoléon prétend l'attaquer dans ses ports, Peut-être sur les flots surprendre ses trésors, La chercher, la combattre, et jusques sur nos rives Traîner son opulence et ses voiles captives. Combien des immortels je ressens les faveurs! Combien sur tous mes jours ils ont versé d'honneurs! Épouse fortunée, et plus heureuse mère, J'ai deux fils vertueux qui remplacent leur père. Tous deux ont aux combats guidé nos étendards. Maintenant, le premier, brillant sous mes regards. D'un magistrat du peuple exerce la puissance; L'autre, loin de mes yeux signalant sa vaillance, Des mains d'un peuple ami fera tomber les fers. Et du joug de Carthage affranchira les mers.

TIMOPHANE.

L'entreprise est sans doute illustre et magnanime.

Digne de cette ardeur dont la gloire l'anime.

Je l'avoûrai pourtant; j'ai peine à concevoir

Que l'on veuille tenter tout ce qu'on croit pouvoir.

Quel espoir nous séduit? quelle fureur nous presse:^

Deux siècles de combats ont fatigué la Grèce.

L'Univers étonné la vit se réunir.

S'opposer aux Persans, les vaincre, les punir;

Et trois fois Marathon , Salamine et Platée

Relevèrent l'éclat de sa gloire insultée.

La justice, en ce temps, conduisait ses guerriers.

Et vingt peuples rivaux confondaient leurs lauriers. Mais, depuis, excitant de plus sombres querelles, La haine a divisé nos palmes fraternelles. Durant un demi-siècle, au sein de nos cités, Nos fleuves ont roulé des flots ensanglantés. Pourquoi troubler encor la tranquille Aréthuse? Pourquoi porter la guerre au sein de Syracuse? Ceux que nous combattons nous ont-ils outragés? A-t-on vu par Denys nos temples saccagés? Ses voiles , dans Corinthe apportant les ravages , Ont-elles violé l'orgueil de nos rivages? Ah! sans chercher encor des succès incertains, Sans vouloir rallumer des feux à peine éteints, N'avons-nous pas nous-même à réparer nos pertes? Ne nous reste-t-il pas des campagnes désertes, Qui, d'un aspect stérile importunant les yeux. Appellent vainement le soc laborieux?

Faut-il toujours braver la mort et les tempêtes , Toujours perdre du sang et rêver des conquêtes? Et nos braves soldats ne pourront-ils jamais Goûter dans leurs foyers les douceurs de la paix?

DÉMARISTE.

La paix avec des rois! la paix avec des traîtres! Corinthe et Syracuse ont les mêmes ancêtres. Nos frères, sans secours, seraient abandonnés Aux fureurs de Denys qui les tient enchaînés! Non. Par leur liberté que la guerre s'achève : Ne parlons, jusque-là, ni de paix jii de trêve.

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