ACTE III, SCÈNE IL
En arrêtant son fils sur le chemin du crime. Mon souvenir, vengeant un peuple consterné, Pèsera tous les jours sur ton front couronné ; Ton oreille entendra ta mère gémissante : Ma malédiction , terrible et menaçante , En tous lieux sur tes pas viendra semer l'effroi; Et tu verras mon ombre entre le trône et toi.
Démariste, arrêtez; qu'avez-vous osé dire? Vous pourriez... !
DÉMARISTE.
Non , cruel , je ne puis te maudire :
Tu n'es point exilé de mon cœur maternel ; Je te chéris encore Ingrat et criminel. Mais rends-moi mon enfant , rends-le moi, non coupable. Non le chef, le jouet d'un parti détestable, Mais grand, mais vertueux, mais digne d'être aimé. Tel que je l'ai nourri, tel que je l'ai formé. La douce égalité pour toi n'a plus de charmes ; La patrie aux abois t'adresse en vain ses larmes; De nos Dieux protecteurs tu méprises la voix : Mais la nature encor n'a point perdu ses droits; Tu n'as point oublié les soins de ma tendresse, Et pour quel avenir j'élevai ta jeunesse. Ton père en ce cercueil va bientôt ine revoir; Ne m'y fais point descendre avec le désespoir: Que ce ciel que tu vois, ce jour que tu respires, Ce sein qui t'a porté, ce cœur que tu déchires.
398 TIMOLÉON
Ta mère à tes genoux...
Levez-vous. Je frémis.
DÉMARISTE.
Je vois couler tes pleurs: j'ai retrouvé mon fils.
TIMOPHANE.
Levez-vous...
DÉMARISTE.
Tu promets...
TIMOPHANE.
Tout ce que veut ma mère.
Calmez-vous , Démariste , et dites à mon frère Qu'ici je lui demande un secret entretien. Il est temps que son cœur s'entende avec le mien : Sur moi , sur lui peut-être , il est temps qu'il prononce: Sous le toit paternel j'attendrai sa réponse.
( Il sort. )