‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 30 sur 269 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

ANNE DE BOULEN, seule.

-Lj'espérance me quitte au fond de cet abîme: La tombe des vivaiis a repris sa victime. Prison, séjour d'effroi, toi qui vis si long-temps De Lancastre et d'York les caprices sanglans, Souvent tu renfermas dans tes murs redoutables D'illustres innocens et de fameux coupables; Mais jamais une épouse, une reine, avant moi, Implorant, redoutant son époux et son roi. De cette longue mort l'amertume est affreuse. J'ai vécu sur le trône: étais-je plus heureuse? Non ; le bandeau royal n'essuyait point mes pleurs ; Des ennuis fastueux, de pompeuses douleurs: Voilà ce que m'offrait ma grandeur importune; Et, captive en tout lieu, j'ai changé d'infortune. Au sein d'une autre cour, j'ignorais les chagrins; Mes jours coulaient plus purs sous des cieux plus sereins. Oh! qui me les rendra, ces temps de mon enfance?

Je ne te verrai plus, doux climat de la France! Pour cette île orageuse où j'ai puisé le jour, Devais-je abandonner ton aimable séjour?

Page 1