‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 32 sur 269 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

Mon frère, il ne fallait égorger que ta sœur. Il n'est plus, le soutien du sang qui m'a fait naître : A ses derniers soupirs il me nommait peut-être. Et je n'ai pu l'entendre et répondre à sa voix! Je n'ai pu l'embrasser pour la dernière fois! Reçois du moins ces pleurs ; qu'ils consolent ta cendre. Mon frère, auprès de toi mon ombre va descendre. Vous, sujets vertueux dignes d'un sort plus beau, Vous, que mon amitié précipite au tombeau. Qui subissez pour moi la bonté et les supplices , Vous de mon innocence infortunés complices. Parmi tant de malbeurs il m'eût été bien doux D'ignorer votre sort , d'expirer avant vous !

Ceux de qui la faiblesse, un moment abusée, Pour conserver le jour vous avait accusée, Ont , en se rétractant reçu le coup mortel : Oui, de votre innocence ils attestaient le ciel; Tous vous rendaient justice.

AN]>rE DE BOULEIV.

Ah ! celui qui m'accable Dans le fond de son cœur ne me croit point coupable.

Votre Seymour en pleurs venait se joindre à moi. Et nous allions tous deux tomber aux pieds du Roi , Pour empêcher sa main de signer la sentence, Pour lui demander grâce au nom de l'innocence, Pour implorer du moins ce droit d'humanité

Que le bienfait des lois laisse à la royauté.

Mais à nous fuir tous deux Henri met son étude.

Soit qu'il ait épaissi l'air de la servitude,

Soit que d'un or coupable il recueille les fruits,

Les communes, les grands, dans sa cour introduits,

Ont contre sa clémence invoqué sa justice.

Au vœu qu'il a dicté le monarque propice.

Semble, par des conseils laissant guider sa main,

Abdiquer malgré lui le pouvoir d'être humain.

Au cri de la pitié son cœur inaccessible

Veut que je vous annonce un arrêt inflexible.

Le cruel me gardait ce ministère affreux!

Et cependant, madame, un ordre rigoureux

De son appartement nous interdit l'entrée:

Lorsqu'à vos oppresseurs son oreille est livrée.

De vos derniers amis il évite les pas.

ANNE DE BOULE N

Le père de ma fille a signé mon trépas!

Mais vous me l'annoncez, mais je vous vois encore.

Vous me percez le cœur...,

ANNE DE BOULEN

Souvenir que j'abhorre !

Prévenant les souhaits de mon barbare époux. Supportant ses froideurs, ses caprices jaloux, Dans ses profonds ennuis nés du pouvoir suprême, Loisque sa cruauté, le tourmentant lui-même. Etendait sur son front le voile des douleurs;

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