‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 69 sur 269 · ACTE II, SCENE IL loi · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL loi

C L É R A C , à madame Calas.

Et vous?

MADAME CALAS

J'ai vu le jour chez un peuple vanté Pour ses lois, pour ses mœurs, et pour sa liberté.

Ce peuple , quel est-il ? ce n'est pas me répondre.

MADAME CALAS

Eh bien! je suis Anglaise, et je naquis dans Londre.

CLÉRAC

Et le nœud qui vous joint dure depuis trente uiis^

JEAN CALAS

11 est vrai.

Vous avez encor plusieurs enfans:^

Grâce à notre union, bien tristement féconde, Six malheureux de plus ont gémi dans le monde; Deux filles, quatre fils.

CLÉRAC

Et ceux qui sont vivans Habitent-ils ces lieux? sont-ils tous protestans?

JEAN CALAS

L'un d'eux est catholique; et, dans son premier zèle.

Ayant voulu quitter la maison paternelle.

De ses parens encore il éprouve les soins :

Un tribut annuel suffit à ses besoins ;

[1 traîne sur ces bords sa pénible existence.

102 JEAN CALAS

Le second de nos fils est eu votre présence; Et le troisième enfin, le plus jeune de tous. Sur les bords genevois fi.it envoyé par nous.

31 A D A M E CALAS

Mes filles nous rendraient nos malheurs supportables. Sous le champêtre toit de parens respectables, Leurs beaux jours s'écoulaient loin du toit paternel, Lorsqu' Antoine a conçu son projet criminel. Cependant, comme nous, elles sont prisonnières: JMes filles, s'abreuvant de larmes solitaires. Expirent jour et nuit dans un cloître inhumain. Loin de leur mère, hélas! qui les appelle en vain.

C L É R A C , à Pierre Calas.

Parlez, fils de Calas; il faut aussi connaître

Et votre âge et les lieux où le sort vous fit naître.

PIERRE CALAS

Je suis né dans ces murs ; j'ai vingt ans accomplis.

CLERAC, à Lavaïsse.

Et vous?

LAVAÏSSE.

Un an de moins; Toulouse est mon pays.

CLÉR AC.

Est-ce de vos parens la demeure ordinaire?

LAVAÏSSE.

C'est là que de tout temps a résidé mon père.

Ses jours ne sont-ils pas consacrés à la loi .^

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