‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 73 sur 269 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

On doit peut-être encor nous livrer au supplice; C'est le seul coup du moins qui manque à l'injustice: Mais nous pourrons subir et la honte et la mort, Tous les tounnens unis, excepté le remord.

CLÉRAC

Ainsi donc votre fds fut sa propre victime,

Et vos mains, dites-vous, sont exemptes de crime?

JEAN CALAS

O mon fds, tes parens t'auraient privé du jour!

Le tigre seul détruit les fruits de son amour.

Enfant dénaturé, c'est toi-même, peut-être,

Qui donneras la mort à ceux qui t'ont fait naître.

Tu voulus de ta vie éteindre le flambeau.

Si ma voix peut percer l'abîme du tombeau,

Viens à ce tribunal justifier ton père,

Ton frère, ton ami, surtout ta tendre mère,

Celle qui t'a porté dans ses flancs douloureux,

Dont les soins t'élevaient pour un sort plus heureux,

Et dont le lait, jadis aux jours de ton enfance,

Soutenait, conservait ta débile existence.

Toi, principe éternel d'amour et d'équité.

Dont l'image préside à ce lieu redouté,

Dieu, qui voulus naître homme, et terminer ta vie

Au milieu des tourmens et de l'ignominie;

Divin patron du juste à la mort condamné,

Dieu du pauvre, à tes pieds me voilà prosterné:

Nous attestons ici tes regards redoutables;

Tu vois des malheureux , mais non pas des coupables.

iio JEAN C\LAS.

Vous , 6 ciel î

JEAN CALAS

Je le jure.

MADAME CALAS, PIERRE CALAS, L AVA ï S S E , LA SERVANTE.

Et nous le jurons tous.

CLÉRAC

Il suffit: maintenant allez, retirez- vous.

JEAN CALAS

Quoi ! toujours supporter cette absence funeste ! AJi! du moins profitons de l'instant qui nous reste. Viens, chère épouse; et vous, mes amis, mes enfans, Venez, confondez-vous dans mes embrassemens.

LA SERVANTE

Ah! laissez-moi baiser cette main respectable; Permettez que mes pleurs...

Ton amitié m'accable!

Je connais sa tendresse et sa fidélité : Ce n'est point là le prix qu'elle avait mérité.

( A Lavaïsse. )

Et vous, brillant encor des fleurs de la jeunesse, De vos tristes parens que je plains la vieillesse ! Sous leur toit solitaire ils sont abandonnés. Quel destin vous guidait chez des infortunés?

L AVA ï s s E.

Je gémis avec vous : mon sort sera le vôtre.

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