SCÈNE IL
LOUIS CALAS, JEAN CALAS, paraissant aux barreaux de la prisou.
JEAN CALAS
C'est toi, mon cher Louis.
LOUIS CALAS
Je connais cette voix.
Se peut-il?... c'est la sienne, et c'est lui que je vois. De ces éclairs pressés la rapide lumière Me fait jouir encor de l'aspect de mon père.
JEAN CALAS
Tes accens douloureux ont pénétré mon cœur.
LOUIS CALAS
Quoi ! je puis donc goûter un moment de bonheur 1
JEAN CALAS
Evite , mon cher fils , les coups de la tempête ; Les torrens orageux vont tomber sur ta tête
I20 JEAN CALAS
LOUIS CALAS
Qu'importent les torrens et la foudre en courroux? Je puis vous contempler, je suis auprès de vous.
Je t'ai vu ; c'est assez : au nom de ma tendresse , Pour ta mère, mon fils, conserve ta jeunesse: Ta mère est dans cet âge où de nouveaux besoins De l'amour filial exigent plus de soins.
LOUIS CALAS
Vos juges en leurs mains tiennent sa destinée.
JEAN CALAS
Je ne présume pas qu'elle soit condamnée.
Ils vont faire périr, sous la main d'un bourreau,
Un vieillard que déjà réclame le tombeau;
Mais je crois que mon sang pourra les satisfaire,
Et qu'ils épargneront ta malheureuse mère.
LOUIS CALAS
Et voilà tout l'espoir que vous me présentez !
JEAN CALAS
Nos destins sont prévus, nos momens sont comptés.
J'ai passé sur la terre, et j'ai connu la vie;
Le port s'offre à mes yeux, et ma course est finie.
LOUIS CALAS
Dieu ! quel pressentiment !
JEAN CALAS
Mon fils, ne me plains pas; Plains et chéris ta mère.