‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 79 sur 269 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LOUIS CALAS, JEAN CALAS, paraissant aux barreaux de la prisou.

JEAN CALAS

C'est toi, mon cher Louis.

LOUIS CALAS

Je connais cette voix.

Se peut-il?... c'est la sienne, et c'est lui que je vois. De ces éclairs pressés la rapide lumière Me fait jouir encor de l'aspect de mon père.

JEAN CALAS

Tes accens douloureux ont pénétré mon cœur.

LOUIS CALAS

Quoi ! je puis donc goûter un moment de bonheur 1

JEAN CALAS

Evite , mon cher fils , les coups de la tempête ; Les torrens orageux vont tomber sur ta tête

I20 JEAN CALAS

LOUIS CALAS

Qu'importent les torrens et la foudre en courroux? Je puis vous contempler, je suis auprès de vous.

Je t'ai vu ; c'est assez : au nom de ma tendresse , Pour ta mère, mon fils, conserve ta jeunesse: Ta mère est dans cet âge où de nouveaux besoins De l'amour filial exigent plus de soins.

LOUIS CALAS

Vos juges en leurs mains tiennent sa destinée.

JEAN CALAS

Je ne présume pas qu'elle soit condamnée.

Ils vont faire périr, sous la main d'un bourreau,

Un vieillard que déjà réclame le tombeau;

Mais je crois que mon sang pourra les satisfaire,

Et qu'ils épargneront ta malheureuse mère.

LOUIS CALAS

Et voilà tout l'espoir que vous me présentez !

JEAN CALAS

Nos destins sont prévus, nos momens sont comptés.

J'ai passé sur la terre, et j'ai connu la vie;

Le port s'offre à mes yeux, et ma course est finie.

LOUIS CALAS

Dieu ! quel pressentiment !

JEAN CALAS

Mon fils, ne me plains pas; Plains et chéris ta mère.

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