ACTE lY, SCÈNE II
C'est à l'homme de bien que je dois ma réponse :
Ce n'est pas au pontife envoyé près de moi.
Des enfans de Calvin vous connaissez la foi :
Je ne respecte point l'autorité d'un prêtre
Qui croit pouvoir m'absoudre et m'interroge en maître ;
Je me confesse à Dieu , mais non pas aux mortels ,
Dans le secret du cœur, non devant les autels.
Ecoutez maintenant. L'injustice m'opprime;
Ni mon bras ni mon cœur ne sont souillés d'un crime.
On veut que par mes mains mon fils assassiné...
Ce déplorable fils était mon premier né.
Le jour qu'il fit entendre à mon ame attendrie
Ce cri faible et plaintif qui commence la vie,
Je baignai mon enfant de mes pleurs paternels.
J'en répands aujourd'hui , mais ils sont bien cruels.
Mes bras l'ont recueilli dans les bras de sa mère :
« Toi, son fils et le mien, tu me la rends plus chère,
« Tu resserres le nœud qui l'unit avec moi,
« Disais-je; en expirant je revivrai dans toi;
« De mes soins assidus j'aiderai ta jeunesse,
« Et tu seras un jour l'appui de ma vieillesse. »
Ah! je comptais en vain sur ses tendres secours;
D'une importune vie il a tranché le cours;
Il m'a quitté. J'ouvris ses veux à la lumière;
Mais il a refusé de fermer ma paupière.
Arrêtez; c'est assez. Combien je suis énui!
JEAN CALAS
Fils ingrat !
i38 JEAN CALAS.
LE RELIGIEUX
Arrêtez; j'en ai trop entendu.
JEAN CALAS
Vous plaignez mon malheur!
LE RELIGIEUX
O divine justice!
Comment peux-tu souffrir qu'un innocent périsse?
JEAN CALAS
Des juges égarés, interprétant la loi,
Ont frappé des mortels plus vertueux que moi.
LE RELIGIEUX
Plus vertueux , vieillard ! non , il n'est pas possible.
JEAN CALAS
Vous n'êtes pas un juge, et votre ame est sensible.
LE RELIGIEUX
Que cherchent vos regards ?
JEAN CALAS
Dans mes derniers momens J'aurais voulu revoir ma femme et mes enfans,
Ah ! vous pouvez encor jouir de leur présence : Auprès de vos deux fils votre épouse s'avance.