‹ uvres de M. J. ChénierChapitre 51 sur 141 · LA MORT DU COLONEL MUIRON · texte numérisé non relu

LA MORT DU COLONEL MUIRON

L'hymen au front voilé leur prodiguait ses charmes; Dans ces momens d'ivresse il semblait que le dieu Leur dît secrètement : C'est le dernier adieu. Au signal du clairon, Muiron cherche la gloire; H part, combat et meurt. On chanta la victoire. Son épouse accourait; les guerriers, l'œil baissé, L'accueillaient en passant d'un silence glacé. Vers les bords de l'Adige , en tremblant elle arrive ; Elle appelle, elle voit sur la sanglante rive Muiron, les 3'eux couverts des ombres du trépas. Et pour la recevoir ouvrant encor les bras. Elle ne parle point, mais chancelle, soupire; .Sur l'époux bien -aimé lentement elle expire. Ce jour qu'il ne voit plus importune ses yeux; Et d'un dernier regard elle accuse les cieux. Sans parens, sans appui, sans lait, sans nourriture, L'enfant restait: la mort, outrageant la nature. Sur la tendre victime étendit son courroux. L'épouse, dans la tombe, avait suivi l'époux; L'enfant ne suça point le lait de l'étrangère: Dans la tombe, à son tour, l'enfant suivit la mère.

Ainsi, quand le Bélier vient reverdir les champs. En vm bosquet paré de filles du printemps. Belles l'une par l'autre, on voit s'unir deux roses, Sur une même tige, un même jour écloses. Entre elles deux jaillit le timide bouton,

D'une amour mutuelle aimable rejeton.

La grêle à coups pressés abat les fleurs naissantes ; Et, s'unissant encor, les roses languissantes Inclinent tristement leur front pâle et flétri ; Près cFelles tombe et meurt le rejeton cbéri, Que du plus doux zépliyr un souffle fit éclore. Mais qu'uTi de ses baisers n'entr'ouvrait pas encore.

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