‹ uvres de M. J. ChénierChapitre 67 sur 141 · DE M. L'ABBÉ MAUDUIT A M. L'ABBÉ GEOFFROI · texte numérisé non relu

DE M. L'ABBÉ MAUDUIT A M. L'ABBÉ GEOFFROI

Bergerac, le 24 juin, l'an de i^iâce 1802.

/V QUOI pensez-vous, M. l'abbé? Je suis croyant tout comme vous , mais vous ne m'avez pas compris, et vous me faites sérieusement la guerre. Vous n'avez pas imité l'esprit et la grâce du léger Villeterque , clans le Journal de Paris. Cet ingénieux critique me trouve bon homme; il m'accorde une simplicité bien simple; il parle de certains personnages que je vénère, et prétend que ma gaieté est morte née. Je ne lui reprocherai pas d'être simple : autant vaudrait en accuser le marquis de Mascarille; mais on peut dédaigner la simplicité, quand on est plaisant, et quand on aime le beau français.

Pour vous, mon cher abbé, vous avez tort de prodiguer les accès d'une sainte colère , que le public ne partage pas. Il a pris la mauvaise habitude de rire à vos dépens; et soyez sûr que votre

indignation le fera rire davantage. Vous scandalisez les faibles, et vous prêtez le flanc aux nouvelles attaques des philosophes. Que parlez-vous de prodiges d'ivrognerie et de débauche? Pourquoi tant reprocher à Turpin le vin qu'il a bu ? Passe encore si vous étiez sommelier du roi Hugon. Lisez la Bible : le patriarche Noé planta la vigne, et s'enivra; le patriarche Loth s'enivra : vous en savez les suites ; le saint roi David s'enivra ; le sage Salomon s'enivra ; un jour de noces Jésus-Christ changea l'eau en vin ; l'éloge du vin se trouve sans cesse dans les saintes Ecritures ; et vous-même , dans le feuilleton qui en est manifestement la suite , vous avez confessé , avec une douce ingénuité , que vous faisiez grand cas du bon vin. Pourquoi donc cette sévérité pour mon archevêque? En seriez-vous jaloux? Le seriez-vous aussi d'Olivier , qui vous paraît un libertin? Jacqueline et lui ne sont-ils pas mariés? Quel mal y a-t-il à se bien conduire la nuit de ses noces , surtout quand il s'agit tout à la fois de la conversion d'une femme chérie et de celle d'un grand empire ? Par quelle malice , à quel propos , rappeler les cinquante exploits d'Hercule ? Pourquoi tant rabaisser Olivier, et faire sentir l'immense supériorité des miracles du paganisme sur les miracles de la religion chrétienne ? Seriezvous païen ? je ne vous dis pas : Seriez-vous phi-

25o LETTRE DE L'ABBÉ MAUDUIT

losophe? l'insulte serait trop forte; et d'ailleurs vous avez fait vos preuves.

Mais quel est donc cet étrange malentendu? ( )n publie un conte dévot; vous prenez le change : vous criez aux mauvaises mœurs, à l'impiété, à l'athéisme; tous les journalistes chrétiens sonnent l'alarme. Assurément vous ignorez beaucoup de choses , vous et vos religieux confrères ; mais , sans vous citer des profanes tels que Bocace , l'Arioste , Fortiguerra , La Fontaine , Voltaire , faut -il donc vous apprendre que la reine de Navarre, sœur de François I^*^, princesse trèspieuse , s'est permis des contes libres , où nous sommes un peu maltraités , nous autres gens d'église? Faut-il vous apprendre que Le Pogge, secrétaire d'un pape, n'a épargné, dans ses facéties licencieuses, ni les prêtres, ni les moines, ni les prélats, ni même les conciles. Prenez-vous le vieil auteur de Galien le restauré pour un philosophe dudix-huitième siècle?Soupçonnez-vous d'athéisme le bourguignon de La Monnoie ? S'il a rapporté gaiement dans le Ménagianales miracles des douze pairs de France , n'a-t-il pas chanté sérieusement les grandes choses faites par le roi Louis XIV, en faveur de la religion catholique? Son poëme n'a-t-il pas remporté le prix de l'académie française? Et pensez- vous que l'auteur d'un ouvrage aussi chré-

tien eût voulu dans un autre, suivant les expressions que vous empruntez de Boileau,

Faire Dieu le sujet d'un badinage affreux?

Vous citez Boileau , mon cher abbé ! le croyezvous un des nôtres! Pour Dieu! prenez-y garde: il élait l'ami, le plus chaud partisan, Tadmirateur des hérétiques condamnés par le pape Innocent X; il a chansonné notre père Escobar ; il a médit des choses saintes; il s'est moqué des lutrins, des cloches , des crécelles , des chanoines , des chantres , des marguilliers et des porte-croix. Vous tonnez saintement contre un public indévot qui ose applaudir sans votre permission ce vers de la comédie des Précepteurs!

Car il est sensuel comme un homme d'éijlise.

Avez-vous oublié les vers suivans ?

La Discorde, en entrant, qui voit la nappe mise. Admire un si bel ordre, et reconnaît l'église.

Comment trouvez-vous ces deux-ci?

Et, sans distinction , dans tout sein hérétique Avec joie enfoncer un poignard catholique.

En voici d'autres ; faites-y attention :

C'est alors qu'on apprit qu'avec un peu d'adresse, Sans crime, un prêtre peut vendre trois fois sa messe.

Ils sont moins bons, j'en conviens, mais ils sont

encore plus dangereux : ils vont tout droit à faire tomber le commerce.

Au reste , Boileau sentait quels reproches on avait droit de lui faire. Pour vous en convaincre, lisez ce passage :

J'entends déjà d'ici tes docteurs frénétiques Hautement me compter au rang des hérétiques, M'appeler scélérat, traître, fourbe, imposteur. Froid pkisant, faux bouffon, vrai calomniateur.

C'est en effet ainsi qu'il était traité dans le saint journal de Trévoux. Le feuilleton n'a guère plus de politesse et d'éloquence. Mais que dites-vous de ce vers impie, de ce vers exécrable , et malheureusement devenu proverbe?

AbÎme tout plutôt : c'est l'esprit de l'église.

N'est-il pas une inspiration du diable? Ne le croirait-on pas écrit par Voltaire lui-même, par ce Voltaire que vous avez renversé , et que vous renversez encore chaque jour, comme si ce n'était pas une affaire faite?

Vous citez Boileau ! vous avez tort. Je crains qu'il ne vous porte malheur. Et par exemple, vous croyez entrevoir qu'on se moque de vous dans une brochure où pourtant l'on vous rend justice. Quand vous appelez toutes les puissances au secours de votre vanité blessée ; quand , par une sainte délation, profitant de l'isolement de

l'auteur et de toutes les circonstances environnantes, vous l'accusez à la fois d'athéisme et d'opposition aux principes du gouvernement , croyez-vous que vos lecteurs même les plus bénévoles ne se rappelleront pas sur-le-champ ces vers tant de fois cités, et que tout le monde sait par cœur?

Qui méprise Cotin , n'estime point son roi , Et n'a, selon Cotin, ni dieu, ni foi, ni loi.

Vous citez Boileau ! mais vous êtes en guerre ouverte avec lui. D'abord vous faites mentir un des vers les plus célèbres de son Art poétique : car vous n'avez pas un admirateur ^ Ensuite vous avez eu le courage méritoire et naïf de vous élever contre la comédie du Tartufe. Vous avez défendu avec zèle les saints que Molière a joués. Or, Boileau fut l'intime ami de Molière. Boileau loua la comédie du Tartufe ^ et tourna en ridicule ceux qui s'élevaient contre elle :

L'un, défenseur zélé des bigots mis enjeu. Pour prix de ses bons mots le condamnait au feu.

Des bigots! cette expression vous paraît-elle orthodoxe? Ah! mon cher abbé, laissons l'autorilé de Boileau. Conlentons-nous de la vôtre. Per-

Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

( Art poétique , chant I. )

sistons à louer exclusivement les ouvrages composés dans nos principes. Plaçons Adèle et Théodore au-dessus à'Émile. Si nous entendons une comédie bien tiède , un plat sermon dramatique contre le divorce, ou contre les prétendues mœurs du jour, ou contre la philosophie, ne manquons pas de l'opposer à Tartufe. Plaignons sincèrement Louis XIV d'avoir laissé représenter Tartufe. Le président de Harlai voyait bien mieux : il ne voulait pas qu'on le jouât. Passe encore de laisser jouer Philaminte : celle de l'hôtel Rambouillet n'était pas dévote. Mais Tartufe! hélas! Le pieux monarque était encore bien jeune; il n'en était qu'aux maîtresses. Vingt ans après, quand il en fut aux directeurs , comment le révérend Père de la Chaise lui accorda-t-il l'absolution d'un si grand péché ? N'accusons pas le saint jésuite : apparemment pour pénitence il lui ordonna les dragonnades.

Si vous êtes vainqueur de Tartufe, il vous sera bien facile de venir à bout des pièces nouvelles où la philosophie voudrait encore faire entendre sa voix. Vous avez bien fait, par exemple, de gourraander le citoyen Andrieux, sur sa comédie à'Hclvétius. Je partage votre avis et celui de mon correspondant. C'est vraiment une chose criante d'aimer , de faire aimer Helvétius , qui li'était que bienfaisant , et qui n'a jamais fait une ligne pour

A L'ABBE GEOFFBOI. ^.55

\g journal chrétien. Par malheur on prétend que cette comédie est bien écrite et fort ingénieuse. INIais pourquoi seriez-vous embarrassé? faites-en une autre: ce n'est pas le talent qui vous manque. N'osant par modestie la composer pour l'abbé Geoffroi , composez-la pour Fréron ; que Voltaire y soit écrasé à n'en plus revenir; et, pour mieux signaler votre triomphe , ne manquez pas de la faire jouer après \ Ecossaise.

On vous fait l'honneur de vous nommer avec madame de Genlis et Châteaubriant , et vous vous plaignez d'être trailé comme le plus coupable! C'est votre expression. Si vous aviez raison sur le fait, on aurait commis une grande injustice. Vous êtes sans contredit le plus innocent. Voulez-vous même que je vous parle avec pleine franchise? nous gâtons Châteaubriant par nos louanges. Il s'était beaucoup formé avec les sauvages qui sont fort dévots, Dieu merci! mais il est jeune; et je crains qu'il ne se pervertisse. En effet , sauf quelques expressions étranges qu'il a entendues sur les bords du Meschacebé S il a de l'esprit , du talent, de l'imagination. Nous sommes bien plus sûrs de vous.

I. ^o/ez l'Examen critique du roman A'Jtala: Tableau de Ut littérature , page 212 et suivantes, troisième volume des OEuvres poslliumes.

u5G LETTRE DE L'ABBÉ MAUDUIT

Vous dénoncez amèrement l'intolérance philosophique , le fanatisme des philosophes : il faut que le reproche soit bien fondé ; car assurément il n'est pas neuf. Dès le commencement du dixseptième siècle , les saints juges de Galilée accusaient l'intolérance de ce philosophe qui, malgré l'Ancien Testament , voulait faire tourner la terre et condamner le soleil à l'éternelle immobilité, tandis que Josué , par miracle , l'avait fixé seulement durant quelques heures. Tous les Pères de l'église qui ont écrit durant le dix-huitième siècle, et la nomenclature en serait immense, ont parlé avec indignation de l'intolérance philosophique. On ne lit, ou pour mieux dire on ne lisait autre chose dans leurs sermons, dans leurs mandemens, dans leurs réquisitoires, dans leurs journaux. Il est fâcheux que les écrits et les auteurs soient oubliés depuis long-tems. C'est en gémissant avec raison sur l'intolérance des philosophes que l'on persécutait Bayle , que l'on forçait Voltaire à quitter deux fois la France , et à rester trente ans au pied des Alpes ; que l'on enfermait Fréret à la Bastille, Diderot à Vincennes; que l'on brûlait les Lettres Philosophiques , le Dictionnaire philosophique , V Histoire Philosophique , le Livre de {'Esprit, ï Emile; que l'on condamnait Helvétius à l'abjuration; que l'on décrétait J. J. Rousseau de prise de corps. Pour surabondance de droit , en

A L'ABBE GEOFFROl. 257

Espagne, en Portugal, en Italie, les inquisiteurs, même les plus doux, sont irrités du fanatisme des philosophes qui réclament la tolérance , et ne savent pas tolérer le saint tribunal de l'inquisition.

Vous prétendez que vous ne dites pas d'injures aux auteurs que vous croyez juger, mais seulement à leurs ouvrages : vous avez plus de zèle que vous ne pensez. Supposons toutefois qu'en ce point vous disiez la vérité sans conséquence ; prenez bien garde qu'un lecteur malin ne vous rétorque l'argument : Voilà, pourrait-il vous dire, mie distinction savante et judicieuse; mais n'ayez pas deux poids et deux mesures ; devenez bon logicien. Laissez faire à votre ésrard la même distinction; et, comme il faut être juste à la fois envers vous et envers vos ouvrages, permettez que chacun s'exprime ainsi : M. l'abbé Geoffroi est un homme fort raisonnable , qui n'écrit que des choses absurdes.

Mais quel ton dolent prenez-vous au milieu de votre colère? On dirait à vous entendre que tout le monde vous persécute. Si vous entendez par-là que tout le moncie se moque de vous , vous pourriez avoir raison : je vous vois battu sur MéropCy sur Tancrede ^ sur Mahomet^ sur Zaïre ^ siu' Vhistoire de V empereur Adrien^ sur la musique de Virato; battu en prose, en vers, en couplets, en musique. Est-il question d'un ennemi des ia-

Or^uvres anciennes. Hl 1 7

un 8 l.ETTRE DE L'ABBE MAUDUIT.

lens, de- la j)hilo.so{>hie>' c'est vous que le public (iésifi^ne, totil comme si vous étiez le seul. On va jusqu'à déterrer vos ouvrages, ce qui u'est pas très-facile. On vous impute ce vers blasphémateur:

Le ministre sacré nox d'un hiku, mais d'un homme.

Néanmoins , vous n'êtes pas persécuté ; vous êtes honni. Ce ne sont termes synonymes. Quel remède à cela, mon cher abbé? une entière résignation. Lisez la Journée du Chrétien : vous y trouverez, le fait est sur, une prière pour demander à Dieu la patience. Cette pièce est éloquente et familière à vos lecteurs : c'est leur jjrière du matin.

J^ES tems sont durs, et la foi périclite.

Saints , à vos rangs ! un généreux effort :

Si quelqu'un rit, criez à l'esprit fort;

Jadis Molière, en sa verve maudite.

Calomnia méchamment l'hypocrite;

Geoffroi convient que Molière eut grand tort.

Du feuilleton respectant les oracles,

J'ai résolu , pour affermir la foi ,

De vous conter d'assez brillans miracles.

Ne sont incrits aux livres de la loi.

Mais consacrés dans nos vieilles chroniques;

Prônez un peu mes rimes catholiques.

Puisse un récit, doux, simple, édifiant.

Dans ses loisirs charmer Châteaubriant !

Daigne surtout prptéger cet ouvrage,

Sainte Genlis! Philaminte des cieux:

Ma récompense est ton dévot suffrage.

Mais il suffit que mes vers soient pieux ;

26o LES MIRACLES.

N'y verse pas cet ennui salutaire Qui , trop souvent , remplace en tes écrits Plaisir mondain que prodiguait Voltaire; J'y tiens encor : le plaisir a son prix. Vous le savez, jeune élite des belles, Vous, dont les cœurs à l'amour attachés Du Paradis sont faiblement touchés; Qui croyez peu, de peur d'être cruelles. Mal à propos ne vous effarouchez :

Cruelles, vous! dévotes le sont-elles?

Sans renoncer à vos jolis péchés, A notre cause au moins restez fidelles. Que vos amans soient, comme les Hébreux, Dignes d'entrer dans la terre promise ; Montez au Ciel en pécliant pour l'Eglise; Faites des saints en faisant des heureux.

Or, écoutez. Quand le preux Charlemagne, Sous l'ascendant de ses fiers étendards Eut fait ployer les Sarrazins d'Espagne, Et les Saxons, et le roi des Lombards, Il fut suivi des douze pairs de France, Qui sur ses pas voyageaient en maint lieu. Pour exercer leur commuwe vaillance.

Et pour gagner des serviteurs à Dieu.

Ils arrivaient en Mésopotamie, Dans les états gouvernés par Hugon,

CONTE. i(]\

Roi musulman, mais plein de prud'hommie, Tel qu'il n'en fut depuis feu Salomon, Ce fameux Juif, ce dévot personnage , De mille objets amant très-peu vojage , Qui , de plaisirs entourant la raison , Dans un sérail fit les écrits d'un sage.

Errant à jeun depuis un jour entier,

Portant le poids des gémeaux en furie.

Les paladins regrettaient leur patrie,

Et quelque peu maudissaient leur métier ;

Mais, tout-à-coup, d'une superbe ville

On voit les tours ; et , dans un cbamp fertile ,

Quand le soleil, aux approches du soir.

Va de Thétis regagner le boudoir,

Hugon paraît. Ami de la nature,

Il cultivait de ses augustes mains

L'art fortuné qui nourrit les humains.

Ce premier art qu'on nomme Agriculture.

Si je voulais divaguer un moment,

Je pourrais là débiter gravement

Quelques lambeaux de morale admirable.

Texte sublime et glose incomparable;

Mais vous aurez moins de mal que de peiu,

Mes chers amis : je laisse de bon cœur

L'ennuyeux texte et l'insipide glose

Aux grands faiseurs des poèmes en prose.

Tout du plus loin que les preux chevaliers

Du bon monarque eurent frappé la vue,

Hugon quitta sa royale charrue:

Les Musulmans sont gens hospitaliers.

Il s'avança , répondit aux harangues

Sans interprète: il savait bien les langues.

Rois et guerriers furent très-satisfaits.

En devisant d'une façon civile.

On se trouva dans les murs de la ville;

Et de la ville on parvint au palais.

En arrivant, Hugon présente aux dames Les douze Pairs et le grand Empereur : Nouveaux venus, s'ils ont de la valeur, En tout pays sont accueillis des femmes. On célébrait du potentat chrétien Les traits, le port, et ce royal maintien Qu'embellissaient la puissance et la gloire, Sans oublier, comme vous pouvez croire, Du bon Turpin le ventre de prélat, Son teint fleuri, son regard de béat.

Trente beautés vantaient avec ivresse L'œil de Renaud, la stature d'Ogier, Du fier Roland la force et la noblesse; Toutes vantaient les grâces d'Olivier.

Ses yeux pourtant , fixés sur une belle , Dans le palais déjà ne voyaient qu'elle:

CONTE. uGj

Trésor d'amour , fille unique d'Hugou ,

L'aimable objet Jacqueline avait nom.

Fleur de quinze ans brillait sur son visage ;

Figurez-vous gorge faite à plaisir,

Deux grands yeux noirs mouillés par le désir,

Un pied furtif, un élégant corsage.

Maintien timide et gracieux souris.

De ses attraits la Syrie était fîère;

Et Jacqueline eiit été la première

Dans le troupeau des célestes houris.

De mille amans qui lui rendaient hommage

Aucun n'avait rendu son cœur épris;

Olivier seul la trouva moins sauvage.

Sans se parler ils s'étaient entendus:

Muets sermens , regards doux et perdus ,

Tendres soupirs partis du fond de l'âme,

Du beau guerrier déclarèrent la flamme;

De Jacqueline il reçut à son tour

Les doux regards ç les soupirs et l'amour.

On a conduit le cortège héroïque Dans une salle immense et magnifique , Oii le porphyre, et l'or, et le tabis, Festin, musique, et mille odeurs divines. Parlaient en foule à tous les sens ravis. Dans cette salle étaient rangés des lits. Qu'enrichissaient d'élégantes courtines.

Qui n'eût compté sur un sommeil divin?

Ces lits brillans et de pourpre et d'ivoire

Le promettaient; mais, quand on a grand faim,

Avant dormir il faut manger et boire.

Tous les pays conquis par le turban

Ont du festin combiné l'industrie :

Poisson des mers, les fleuves de Syrie,

Oiseaux du Phase et gibier du Liban.

De l'Yemen la fève parfumée

Répand dans l'or sa vapeur embaumée,

Et sa liqueur, si chère aux Musulmans.

Dans le cristal tombe à flots écumans

Autre liqueur, des sens plus souveraine,

Fruit des raisins que, sous les lois d'Irène,

Ont vu mûrir et Chypre et Ténédos,

Tous ces coteaux de la Grèce féconde,

Tous ces vallons renommés dans le monde

Pour les bons vins, les chantres, les héros.

Lorsqu'à la ronde on eut bu dix rasades. Vinrent chansons, devis, contes joyeux.

Récits galans, bouffons, guerriers, pieux. Peu de bons mots, mais force gasconnades. Par saint Michel, dit le terrible Ogier, J'ai le poignet d'une vigueur extrême:

En saisissant cet énorme pilier.

J'ébranlerais ce palais tout entier;

Je veux demain le dire au roi lui-même.

Moi , dit Roland , par les sons de mon cor

Je suis certain de renverser la ville.

Sur ce pari moi j'enchéris encor: "

J^e Roi , notre hôte , est d'humeur fort civile ,

Dit l'Empereur; mais, quant à ses héros,

Dès qu'ils voudront, je prétends, en champ clos.

D'un coup de lance en terrasser dix mille.

Pour moi, messieurs, je fus sauteur habile.

Dit le vieux Nayme, au moins en mon printemps;

J'espère encor, qu'il ne vous en déplaise.

De haut en bas sauter tout à mon aise

Cinquante pieds, malgré mes soixante ans.

Moi, par Bacelius et la Vierge Marie,

Dit en buvant l'archevêque Turpin,

Si le Roi veut, de bon cœur je parie

Que d'un seul coup je boirai tout son vin.

Moi, par l'amour, dit Olivier, je gage.

Si du bon Roi la fille au gent corsage

Toute une nuit s'offrait à mon désir,

Que seize fois, sur le sein de ma belle.

Amant heureux, je mourrais de plaisir;

Que seize fois je renaîtrais pour elle.

Les chevaliers, ivres de vin grégeois, Contaient aux murs cent sottises pareilles; Mais quelquefois les murs ont des oreilles :

■jM les miracles.

c'est vrai, surtout dans le palais des rois. Faute d'avis, on peut s'y laisser prendre. Tîugon jadis avait fait tout exprès Creuser les flancs d'un pilier du palais; Et là s'était caché, pour bien entendre. Un certain Grec, qui savait le français, Grand écouteur des entretiens secrets.

Au Roi son maître il alla tout redire. A ce récit , le bon monarque eut peur ; Il se fâcha : la peur ne fait pas rire; Ses courtisans partagent sa frayeur.

On se rassemble , on s'arme en diligence : C'en était fait des paladins de France, Sans un transfuge, assez homme de bien, Encor Français, s'il n'était plus chrétien. Ce renégat, dans ses jeunes années, Avait suivi Roland, comte d'Angers, Faisant la guerre au sein des Pyrénées : Il va soudain lui conter les dangers Qui menaçaient cette élite aguerrie.

Fleur d'héroïsme et de chevalerie.

Oyant cela, les preux aventuriers Ont déjà pris leurs écus, leurs cimiers. Leurs beaux cuissards, ces lances, ces épées, Que le sang maure a si souvent trempées. Le bon Turpin, très-belliqueux prélat.

Prend son rosaire et sa masse bénite:

Touché par elle au milieu d'un combat , Tout mécréant périt de mort subite.

Chacuu des Pairs, montant son palefroi, Suit l'Empereur ; et du palais du Roi , D'un seul fendant, Roland brise les portes. Avec Hugon de nombreuses cohortes.

Précipitant le galop des coursiers, Déjà fondaient sur les treize guerrriers. Tels que des rocs, au milieu des tempêtes, Unis , serrés , sans reculer d'un pas , Les paladins faisaient voler des têtes.

Chassaient loin d'eux et donnaient le trépas. Oh! c'est alors que Roland l'invincible Gorgea de sang sa durandal terrible.

Charles, son oncle, et Renaud, son cousin, Mettaient à mal maint soldat sarrasin; Et, déployant sa gigantesque taille, Ogier partout échauffait la bataille.

Né pour l'amour, mais nourri dans les camps. Aimant la gloire autant que sa maîtresse , Notre Olivier, par son heureuse adresse. Déconcertait les Sarrazins tremhlans.

Turpin, levant son effrayante masse, Les assommait avec dévotion; Puis à Jésus il demandait leur grâce : Nul n'expira sans absolution.

Do tous les coins de la ville alarmée,

uG8 LES MIRACLES.

Malgré sa peur, le peuple curieux Vient admirer, en ouvrant de grands veux, Treize guerriers combattant une armée.

Au haut des tours on voit aussi briller Maint doux objet, mainte beauté divine; Car toute belle aime à voir ferrailler. D'un œil en pleurs , la douce Jacqueline Lorgnait, suivait, défendait Olivier Bravant les coups de l'homicide acier.

Elle tremblait pour lui, pour elle-même; Elle éprouvait ce langoureux émoi Mal-à-propos nonnné je ne sais quoi :

Fille d'esprit sait très-bien quand elle aime.

Hugon, lassé d'avoir tant combattu vSans rien gagner, voulut avec prudence Parler de paix : on peut sans conséquence Bien raisonner quand on s'est bien battu. Français, dit-il, venez-vous à Solyme Pour insulter un roi qui vous estime ? Lors il conta les paris singuliers Que le plaisir et les vins de la Grèce Avaient dictés aux vaillans chevaliers, Durant le cours d'une héroïque ivresse.

Charles le grand, Roland le très-sensé, A ce discours ne savaient que répondre; Mais, du propos se croyant offensé, Olivier dit : Pensez -vous nous confondre?

CONTE. u(k)

Vous auriez tort. Les dievaliers chrétiens

N'ont jamais su retirer leur parole :

Dans notre bouche aucun mot n'est frivole;

Et, quant à moi, ce que j'ai dit, j'y tiens :

J'accomplirai ma promesse sacrée,

Puisque ma bouche et mon cœur l'ont jurée.

Disant cela , Jacqueline il voyait ,

Et lui lançait un regard vif et tendre :

Du haut des tours Jacqueline l'oyait:

Amans, de loin, se font très-bien entendre.

Hugon reprit : «Voilà parler au mieux.

Chevaliers francs, restez en ma demeure; Vous, Olivier, dès que la dixième heure D'un noir manteau rembrunira les cieux.

Avec ïurpin chez moi venez sans faute; Auprès de moi ma fille trouverez.

Je vous la donne, et son époux serez; Mais, avant tout, il vous faut, h voix haute, Jurer tous deux sur vos livres sacrés Que vérité tous deux dévoilerez; Et cette nuit fera, quoi qu'il advienne, Vous musulman, ou ma fille chrétienne:

C'est à ce prix que je veux vous unir. Vous tous Français, dont j'admire l'audace, A midi juste, ayez soin de venir:

Le rendez-vous est ici, dans la place.

De Mahomet vous subirez la loi, S'il vous advient quelques mésaventures; De Jésus-Christ nous adoptons la foi, Si vous gagnez vos modestes gageures. »

— Bon! s'écria Turpin le chroniqueur,

C'est marché fait: j'accepte de grand cœur;

Je crois, j'espère, et Dieu fera le reste.

Mais permettez que j'embrasse Olivier;

Car son discours vient de m'édifier;

Dieu l'a rempli de sa grâce céleste.

La Jacqueline est en très-bonnes mains;

Moi, je saurai faire honneur à vos vins;

Je boirai tout, j'en jure, j'en atteste.

Et mon ampoule et mes vignes de Rheims. v

Les beaux diseurs donnent la confiance : Charles céda ; chacun des pairs de France Au saint traité souscrivit à l'instant; Et tout chacun se retira content.

Hugon riait dans sa barbe touffue, Et répétait tout bas : Ces braves gens Seront demain de fort bons musulmans.

Turpin disait : Cette affaire conclue, Dieu rognera les griffes du démon ; Le roi demain recevra le baptême;

CONTE. i-ii

11 enlendra ma messe et mon sermon; Et je prétends le confesser moi-même.

Avec Turpin, avant l'heure eliérie, •N^otre Olivier se rend à son devoir.

Otte beauté, qu'adore la Syrie, Tremble et rougit du plaisir de le voir. Avec candeur Jacqueline, à son père, Sur l'alcoran jura d'être sincère.

Turpin s'avance avec solennité.

Ouvre un cahier lu, relu, médité.

Qui contenait, au lieu des litanies.

De beaux détails sur les vins généreux , Sur les raisins, les muscats savoureux, Que produisaient ses quatorze abbayes.

Or ça, dit-il, baise les livres saints; Baise, mon fils, jure sur l'évangile Que tu seras sincère autant qu'habile.

Sire, bon soir : demain gare à vos vuis; La sainte église abhorre le parjure.

Avec respect Olivier baise et jure; . Et Turpin sort, n'ayant que faire là.* Turpin sorti, le père aussi s'en va; Olivier reste, et quelque tems soupire:

Il est chargé du salut d'un empire.

Pour l'empêcher d'arriver à son biil

En beau chat blanc, le malin Belzébut S'était bloti sur la couche douillette, Et riait fort aux dépens d'Olivier, Car il comptait lui nouer l'aiguillette; Mais rira bien qui rira le dernier.

Par un usage et saint et méritoire, Pour pénitence, alors qu'il se couchait, Entre ses dents Olivier dépêchait Une oraison courte et jaculatoire.

De foi, d'espoir, et d'amour transporté. En caressant la gentille beauté.

D'un ton pieux, il dit : Ave , Marie.

A ce saint nom, des diables redouté.

Le Belzébut miaule avec furie.

Et dans l'enfer s'enfuit épouvanté.

Or, maintenant, vous croyez bien, mesdames. Que mes tableaux vont échauffer vos âmes; Que je peindrai ce mutuel transport.

Ces plaisirs vifs , cette ivresse touchante , D'un couple heureux que son amour enchante; Vous le croyez? Eh bien, vous avez tort : Nos deux amans ont besoin de mystère; Allons-nous-en; faisons comme le père.

Vous insistez! vous désirez savoir Si vous devez conserver quelque espoir ! Je vous entends : la beauté s'intéresse

Aux grands exploits, à la pure tendresse D'un chevalier plein d'amour et d'honneur; Un accident peut trahir sa valeur.

De son pari je connais l'imprudence; Mais comptez-vous pour rien la Providence ?

Dieu, qui créa les mondes et les cieux, Et dont la nuit ne ferme point les yeux. Veille au sommet de la sphère divine ; Veille Olivier comme aussi Jacqueline; Veillent encor les chevaliers français.

Au milieu d'eux le seul Turpin sommeille, Plein d'espérance et du vin de la veille, Et plus qu'eux tous convaincu du succès. Ouvrant les yeux quand l'aube va paraître, Il voit soudain entrer par la fenêtre Feu saint Rémi, bien crosse, bien mitre, A^yant le chef de rayons décoré.

— Enfans , dit-il, n'ayez fraveur aucune: Vous connaissez mon nom et ma fortune; De mon vivant, j'étais comme Turpin, Grand archevêque, et grand ami du vin.

Si j'abhorrais la Champagne Pouilleuse, Par moi de Reims les coteaux sont bénis; Fort à propos, pour huiler saint Clovis, Dieu m'envoya l'ampoule merveilleuse.

OEuvres anciennes. III. 10

274 LES MIHACT.KS.

Je viens d'en-liiiut , au nom clo monseigneur:

De votre affaire il a ri de bon cœur;

11 est bon bonnne, et, de plus, il vous aime;

Mais, n'osant pas s'en fier à lui-même,

Craignant l'abus sur un sujet pareil.

Il a voulu rassembler son conseil.

Comme icii-bas, cliez nous on vous estime;

On a trouvé maint pari peu discret ;

Malgré cela, l'avis est unanime.

On a senti quel scandale adviendrait

Si des démons Hugon restait l'esclave,

Et si son vin demeurait dans sa cave.

jVIiracle il faut, miracle se fera:

D'un saint mitre croyez-en les oracles;

Selon vos vœux tout se terminera.

Notre Olivier fait déjà des miracles:

Il a cliez nous un très-puissant appui;

Car Notre-Dame intercède pour lui.

Voilà que c'est, quand on fait œuvre pie,

D'être dévot à la Vierge Marie!

11 est marqué du cachet des élus :

De Belzébut bravant les tours magiques,

Olivier pousse en faveur de Jésus

Seize argumens forts et théologicjues.

Vous direz tous un pater au bon Dieu ;

A tous les saints vous offrirez des cierges;

N'oubliez pas les onze mille vierges:

Tout vrai croyant doit les fêter. Adieu. —

11 dit, s'envole, et les laisse en prière. L'astre éclatant (jui mesure les jours Avait atteint le milieu de son cours.

En dispensant et chaleur et lumière; On vit soudain descendre du palais Hugon, sa cour, les chevaliers français. Un peuple immense, avide de spectacles, Se trouvait là dans l'espoir insolent De hien berner les faiseurs de miracles: Berner les saints est toujours consolant.

Hugon s'avance. Approchez-vous, bonhomme; C'est sur ce ton qu'à Nayme il s'adressa : Pour grand sauteur partout on vous renomme; Qu'en dites-vous? Hier on m'annonça Que par serment, que par gageure expresse, Cinquante pieds, malgré votre vieillesse, De haut en bas, vous prétendiez sauter. A cette tour vous plait-il de monter?

On aime ici les voltigeurs ingambes.

Cinquante pieds font juste sa hauteur:

En descendant prenez garde à vos jambes. A ce discours, le confiant sauteur Monte à la tour, et, franchissant l'espace. Sans accident se retrouve en la place Auprès d'Hugon; lequel dit : C'est beaucoup; J'étais fort loin de vous croire aussi leste; Vous sautez bien : passons à ce qui reste.

i'jG LES MIRACLES.

Tiirpin boira tout mon vin d'un seul coup: Voyons. 11 dit : dans une immense tonne Les sommeliers versent cent muids de vin ; Chacun murmure et longuement s'étonne; D'un air béat et son rosaire en main , Le chroniqueur, certain de la victoire, Boit d'un seul trait, et dit : Versez à boire. Quand tout le peuple applaudissait encor, Roland saisit le redoutable cor; Hugon s'élance; il crie : Eh! laissez vite. Laissez ce cor; de tout je vous tiens quitte, Brave Roland; mais ce jeune vaurien.

Ce beau Français qui ne doutait de rien, A-t-il chanté seize fois son antienne ? Où donc est-il? Alors doublant le pas, Olivier prend sa femme entre ses bras , L'élève en l'air, et dit : elle est chrétienne. Quoi! tout-h-fait? lui repartit Hugon; Mon cher monsieur , n'êtes-vous pas Gascon ^ Ce pari-là peut se perdre sans honte.

Répondez-moi , ma fdle : voulez-vous Que l'on s'en fie à monsieur votre époux? Ne s'est-il pas glissé quelque mécompte?

La Jacqueline avec simplicité, Les yeux baissés, répondit : Je vous jure Qu'à tous les deux vous nous faites injure; Je suis garant qu'il a très-bien compté.

Hugoii la crut. Fille honnête et sincère En cas pareil ne peut tromper son père. Dans l'aventure il vit le doigt de Dieu: Tant ce monarque était un grand génie!

Oh! oh! dit-il, Jacqueline, ma mie, Je suis chrétien ; ceci n'est pas un jeu ; Ce ne sont là visions, ni prestiges; Croyons au Dieu qui fait de tels prodiges. Le jour d'après, l'archevêque Turpin , Encore à jeun, c'était de grand matin, Dévotement célébra la grand'messe Dans un vieux temple en église érigé, Et d'eau bénite amplement aspergé.

Le Roi, sa cour, le peuple, la noblesse, Tout s'y trouva; tout y fut baptisé.

Le bon Turpin débita dans la chaire Un beau sermon en trois points divisé, Payé par lui, fait par son grand-vicaire. Il commençait, et chacun sommeilla; Quand il finit, chacun se réveilla.

Lors Olivier, sa douce Jacqueline, Furent unis avec dévotion.

Turpin leur fit une exhortation Sur les effets de la grâce divine.

Qui, des chrétiens fidèles et fervens.

Quand on l'appelle est toujours entendue, Mais qui toujours est sourde aux mécréans. Si bien parla que Jacqueline émue

uyS LES MIRACLES. COINTE.

Dit à voix basse : Olivier, mon seul bien , Fais ton salut; sois toujours bon chrétien. Les chevaliers convertirent les belles; La foi toucha ces cœurs long-temps rebelles; Et, pour finir dignement ce beau jour.

D'un grand festin l'élégante abondance Couronna tout. On but, on fit l'amour:

C'est à peu près comme on finit en France.

VARIANTES

Page 261 , vers 7.

<- Errant à jeun depuis uvi jour entier, Etc. , etc.

Dans toutes les éditions publiées jusqu'ici ce vers est précédé des trois suivans :

<■ Chaque héros presse son destrier, « Dont chaque instant rend la marche plus lente ; « Tout succombait sous la chaleur brûlante. « Errant à jeun, etc., etc.

Page 26 r , vers 1 1 .

Au lieu de

« Mais, tout à coup, etc.,

on lit dans les éditions précédentes :

« Quand tout à coup, etc.

I. Nous avons trouve parmi les ruanuscrils de Chénler un exemplaire imprimé de ce conte, en marge duquel il a fait lui-même un grand nombre de corrections. Il est probable que son intention était d'en donner une édition nouvelle. Nous n'avons donc pas cru devoir hésiter un moment à reproduire ici les coneclions indiquées. {^Note de l'Éditeur.)

28o VARIANTES

Page 261 , vers i3 et suivans.

Au lieu de

« Quand le soleil , aux approches du soir, « Va de Thëtis regagner le boudoir, « Hugon parait.

on lit dans les éditions précédentes :

« Quand le soleil, aux approches du soir, » Va colorant le nuage mobile, « Et de Thétis regagnant le boudoir , « Hugon paraît , etc.

Page 262 , vers 1 3 et suivans.

Au lieu de

«Nouveaux venus, s'ils ont de la valeur, « En tous pays sont accueillis des femmes. « On célébrait du potentat chrétien « Les traits, le port, et ce royal maintien, etc. « Qu'embellissaient, etc., etc.

on lit dans les éditions précédentes :

« Nouveaux venus sont accueillis des femmes ,

« Et plus encor s'ils ont de la valeur.

« De l'empereur, comme vous pouvez croire,,

« On entendait vanter de tout côté

« Les traits , le port , et cette majesté

«Qu'embellissaient, etc., etc.

Page 263, vers 20.

Au lieu de

<• On a conduit le cortège héroïque ,

on lit dans les éditions précédentes :

« Mais on conduit le corlége hcron|ue.

Page 264, vers i5.

Au lieu de

« Ont vu mûrir et Chypre et Ténédos, «Tous ces coteaux, etc. etc.

on lit dans les éditions précédentes :

«Ont vu mûrir, et Corinthe et Samos, « Smyrne , Bysance, et Chypre et Ténedos, «Tous ces coteaux, etc., etc.

Page 266 , vers 1 1 et suivans.

Au lieu de

" Ses courtisans partagent sa frayeur.

« On se rassemble , on s'arme en diligence : « C'en était fait des paladins de Fiance, «Sans un transfuge, etc. etc.,

on lit dans les éditions précédentes :

« II ordonna, dans sou accès d'humeur, « Que sans tarder, sitôt que la nuit sombre « Aurait du jour e'teint les derniers feux , « Ses Syriens, bien armes, en grand nombre, •• Iraient saisir ces Français dangereux. « Mains des héros , vous e'tiez enchaine'es >' Sans un transfuge, etc., etc.

Page 266, vers 19.

Au lieu de

« Il va soudain lui conter les dangers .

on lit dans les éditions précédentes :

« Adonc il va lui conter les dangers.

Etc. etc.

aSa VARIANTES

Page 266, vers 22 et su i vans.

Au lieu de

" Oyant cela, les preux aventuriers

" Ont déjà pris leurs ëcus, leurs cimiers,

Etc. etc.,

on lit dans les éditions précédentes :

" Bien avertis , les preux aventuriers

<■ Prennent soudain leurs écus , leurs cimiers ,

Etc. etc.

Page 267, vers i4 et suivans.

Au lieu de

<■ Gorgea de sang sa Durandal terrible. « Charles, son oncle, etc., etc.

on lit dans les éditions précédentes:

" Laissant tomber sa Durandal terrible , " Coupait en deux ceux qu'atteignait son bras. « Poussant leur glaive et de pointe et de taille , " Charles , son oncle, etc., etc.

Page 267, vers 18 et suivans :

Au lieu de

« Ogier partout e'chauffait la bataiik-. jusqu'à

«Turpin, levant, etc., etc

on lit dans les éditions précédentes :

" Tout près de là le formidable Ogier

« Leur disputait l'honneur de la bataille.

<■ A ses côtés, le charmant Olivier,

.'Moins vigoureux, mais vif et plein d'adresse,

" Ne pour l'amour, mais nourri dans les cani])>

DU COISTE : LES MIRACLES. iSZ

'Aimant la gloire autant que sa maltresse, « Des Syriens e'claircissait les rangs.

«Turpin, levant, etc. etc.

Page 268, vers 18 et suivans.

Au lieu de

«Français, dit-il, venez-vous à Solyme «Pour insulter, etc. etc.,

on lit dans les éditions précédentes :

"Or çà, tlit-il , guerriers pleins de vaillance,

• J'ai de tout tems fait grand cas des Français j ■Dans les combats ils ont quelque succès;

• Mais fallait-il venir jusqu'à Solyme •Pour insulter, etc. etc.

Page 2 j I , vers 9.

Après ce vers :

.Sur rnlcoraii jura d'être sincère, suivait celui-ci :

De conter tout le lendemain malin

Page 2-1, vers 11 et suivans.

«Qui contenait, au lieu des litanies, ■ De heaux détails, etc. etc.

Clo vers dans les éditions anciennes est précède des quatre suivans :

"Quand elle eut dit, l'archevêque Turpin, "Qui ne marchait jamais sans son bréviaire, " De sa pochette avec solennité Tire un livret lu , relu, médité, "Qui contenait, au lieu des litanies, >Dci)eaux détails, elt. etc.

284 VARIANTES

Page 271 , vers 22 et suivans.

Au lieu de ces trois vers :

«Turpin sorti, le père aussi s'en va; «Olivier reste, et quelque temps soupire; « Il est chargé du salut d'un empire.

«Pour l'empêcher, etc. etc.,

on lit les huit suivans dans les anciennes éditions

» Après Tui-pin le père s'en alla.

" Olivier seul resta près de sa belle;

«Tout à loisir il put s'enivrer d'elle,

« Baiser cent fois ce minois si joli ,

" Cet œil si beau par l'amour embelli ,

«Ce teint, ces traits, sans fard et sans grimacer,

« Ce sein charmant , ce corps ferme et poli ,

« Qu'eût envié la plus jeune des Grâces.

• Pour l'empêcher, etc. etc.

Page, 272, vers 22.

Après ce vers :

« Nos deux amans ont besoin de mystère ; «Allons-nous-en, etc.,

on lit dans les éditions précédentes :

« Sous les rideaux amour les met d'accord ; « Allons-nous-en; etc.

Page 2^3, vers i5.

Après ce vers :

" Il voit soudain entrer par la fenêtre , "Feu saint Rémi, bien crosse, etc. etc.

Viennent les quatre suivans clans les éditions précédentes :

«Non ces démons délicieux, charmans ,

" Dignes héros des modernes romans ,

« Ces farfadets aux formes ravissantes ,

« Ces spectres blancs et ces nonnes sanglantes;

"Mais saint Rcnii, bien crosse, etc.

Page 276, vers n6.

Après ce vers,

" Qu'à tous les deux vous nous faites injure ; «Je suis garant, etc. etc.,

on lit dans les éditions précédentes le vers suivant;

«Mon cher mari ne dit que vérité; «Je suis garant, etc. etc.

ODES

ODES

LA MORT

DE

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