RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Projet d'une analyse de décomposition des facultés humaines, d'une division des fnodes de la sensibilité et des opérations élémentaires de Cintelligetice.
La notion, exprimée dans le terme faculté, ?,' individu a lise comme idée simple d'une cause ou force productive, inoi, des mouvements et actes qui s'y réfléchissent ; ou se généralise comme idée abstraite d'une capacité ou possibilité de recevoir diverses impressions dans les différentes parties sensibles du corps.
On peut énumérer les actes réflectibles de la même puissance individuelle, ou classer les modes passifs, suivant certaines analogies relatives au point de vue particulier sous lequel on les considère, comme d'affecter un siège organique déterminé, d'être le résultat du jeu et des fonctions de ce siège, de le rapporter à telle cause extérieure capable de les produire, etc. De là trois méthodes d'analyse :
1. Méthode réfléchie ou métaphysique qui a pour objet l'énuniération des actes de l'intelligence et peut se proposer aussi une décomposition réelle des produits mixtes, où certains modes potentiels réflectibles (sous le nom de formes), se trouvent unis à tels autres modes d'affectibilité (sous le nom de matière).
2. Méthode analogique qui, sans avoir égard au composé, se propose de distinguer les caractères d'une même sensation, et en forme les titres de divers genres ou espèces de modes passifs, sous le nom de faculté.
3. Méthode physiologique qui, considérant les facultés humaines comme fonctions des organes ou résultats de ces fonctions, se propose de classer ou d'analyser les unes comme les autres dans le rapport exclusif aux instruments divers et au jeu des organes, d'où résultent les différentes espèces de sensations.
La première méthode s'attache principalement à ce qui forme la constitution intérieure de l'être pensant : les deux autres tracent plutôt en dehors les limites de l'être qui sen; et se représente. Eq se plaçant tour à tour dans ces trois points de vue, pour embrasser l'ensemble des phénomènes de la sensibilité et de l'intelligence, on doit reconnaître deux ordres de facultés, l'un actif, l'autre passif.
ŒUVRES DE MAIXE DE BIRAX
ORDRE PASSIF (simple)
La facuUé générale réceptive de toutes les impressions quelconques immédiates peut s'exprimer par le terme affectibilité, propre à la combinaison organisée vivante. Ainsi considérée dans son état primitif et pur, elle ne peut être prise comme origine de dérivation d'aucune des facultés intellectuelles. Eléments sensibles, doués par leur nature de quelques impressions obscures, qui s'avivent réciproquement dans leur réunion ou leur coordination en système. Monades de Leibnitz, perceptions obscures. Molécules organiques de Bufîon, sensation matérielle, espèce de sentiment absolu et fondamental inséparable de la vie organique. Fonctions de celte vie. affectible immédiatement, dans les résultats généraux el particuliers.
Facultés passives : capacité affective générale. Résumé de tous les ?nodes de ce genre dont Vorganisation vivante est susceptible dans son ensemble et chacune de ses parties. Première :
dans l'ordre de V existence, quoiqu'elle ne le soit pas dans Vordre de dérivation des facultés qui constituent V être intelligent ou pensant.
a) Modes généraux du sentiment absolu. Déterminai ions instinctives premières. Instinct de nutrition el de conservation. Afflnités organiques ou animales. Atîections du tempérament propres à l'espèce ou à l'individu. Sentiment radical de force ou de faiblesse ; courage ou timidité; bie?i ou ?nal, aise, inquiétude, besoin, etc., affections incessamment variables en degrés par toutes les causes externes ou internes, dans l'état de santé, dans la maladie, dans les âges, les saisons, les climats, etc.
b) Résultats de fonctions particulières aux organes impressionnables au dedans ou au dehors. Modes divers du plaisir ou de la douleur, subdivisibles en autant d'espèces qu'il y a de parties de libres ou d'éléments affecliblcs, doués chacun de leur iuipressionnabililé propre et spécifique. Point de fondement k une classification régulière ; impressions immédiates toutes semblables à celles des organes internes, toujours générales : ne se circonscrivent point d'elles-mème dans un siège ; se confondent dans leur ton
naturel le plus bas, comme dans ce degré élevé qui les constitue animales.
c) Tact passif de toutes les parties extérieures du corps. Odeurs et saveurs liées par une svmpathie étroite et naturelle à l'instinct de nutrition et de conservation. Impressions immédiates de fluides lumineux et sonores sur les organes de la vue et de l'ouïe. Affections générales produites par les sons dans le système sensitif, sans aucune audition. Pouvoir, qu'a le physique, ou le matériel même, de tels sons, pour exciter directement certaines passions, quelquefois guérir certaines maladies, etc.
d) Impressions bien particulières (et non affectibles) du fluide lumineux sur la rétine. Propriété vibratoire du sens externe ou interne qui les reçoit. Faculté naturelle de représentation inhérente à ce sens, indépendamment de tout acte de perception ou de connaissance (par exenijjle instinct des animaux naissants qui vont juste atteindre l'objet approprié aux besoins de nutrition). Production ou conception spontanée des images dans une des divisions de l'organe cérébral, soit directement, soit en vertu de l'irradiation sympathique de certains organes internes. Fantômes légers ou persistants dans les songes, le délire, l'aliénation mentale, divers états vaporeux, etc. Imagination passive ou résultat immédiat de l'impressionnabilité cérébrale propre. Images qui coïncident avec les besoins de l'animal et les modes variables de son àffectibiiité intérieure, etc., toutes facultés passives qui se distinguent ou se caractérisent par des signes pris dans le physique même (ou ensuite dans une autre sorte d'observation liée au sentiment immédiat). Ces facultés peuvent toujours être considérées en dehors de l'intelligence; elle n'y est point originairement constituée puisque la perception et la pensée peuvent s'en trouver complètement exclues (I). Objet physiologique qui ne forme pas toute la science de l'homme moral et intellectuel, mais dont celle-ci ne peut se passer (2).
(1) Remarquez aussi que les facultés qui se rapportent à un tel état sensitif, bien loin d'être les premières qui se présentent dans une analyse réfléchie de nos facultés, sont au contraire tout à fait écartées et méconnues, lorsqu'on prend exclusivement son point de départ dans une méthode de réflexion, et qu'on veut se diriger d'après elle. Voyez Descartes, Leibnitz et leur école ; ils intellectualisent les affections directement simples de la sensibilité, ou n'en parlent pas.
(2) Voyez dans tout ceci le chapitre 1" de la seconde partie du Mémoire et surtout les belles analyses contenues dans le livre des Rapports du physique et du moral de l'homme.
ORDRE ACTIF (simple)
La faculté ou foi'ce une, qui produit avec conscience ou sentiment d'elle-même tous les actes ou modes intellectuels proprement dits, est cette même puissance qui, sous le titre individuel {propre et non commim), est capable de créer l'effort, mode relatif fondamental.
Faculté ou puissance individuelle unique de mouvetnent et d'action. Mode actif fondamental élémentaire par rapport à tous ceux de cet ordre.
a) Origine réelle (ou dérivativë) de tous les modes du même ordre les plus éloignés de la source commune. Volonté bien inséparable de l'entendement qui n'est constitué qu'en elle ou par les résultats premiers de son exercice.
b) Condition première du déploiement de l'elTort, centre direct de motilité volontaire (point de vue physiologique). Homogénéité et constance des instruments organiques, sur qui et par qui se déploie la force motrice identique, comparées aux variations que l'on peut observer dans les organes sensilifs, doués chacun d'une impressionnabilité spécifique différente. Effort variable seulement par le degré, condition nécessaire d'un sentiment fondamental aperçu. Aperception de moi dans l'exercice de la motilité volontaire. Identité ou réminiscence personnelle. Fondement de la mémoire dans la continuité ou la répétition libre des mêmes actes. Forme du temps. Sentiment et idée primitive et simple de causalité. Modèle premier de toutes les idées de force ou de puissance, transportées par la suite dans la nature extérieure. Source commune de toutes les idées simples réfléchies d'unité, d'identité, etc. Objet inétaphysique. Enumération et distinction des actes, modes ou opérations individuelles exprimés par différents signes. Méthode appropriée à cet objet (point de classification idéologique) (Voyez chapitre II, l'e section).
DE LA DECOMPOSITION DE LA PENSEl
ORDRE PASSIF (composé)
Première classe de composés sensibles par association simple ou par agrégation (1) des deux forces élémentaires, Vaffectibilité prédominant ou fournissant toute la matièi^e de la sensation.
Le mode relatif fondamental d'elTort s'associe ou s'aggrège simplement avec diverses impressions affectives qui passent, se succèdent ou persistent, sans dépendre en aucune manière de la puissance moi qui les perçoit, et peut être dite les sentir, comme produits d'une autre force, mais ne peut les devenir ou s'identifier avec elles, sans cesser de s'apercevoir, d'exister pour elle-même. Cette puissance transporte, pour ainsi dire, dans l'état afTectif, les formes invariables qui lui sont propres, constitue dans l'existence absolue une relation première, une succession, une durée mesurée, un temps, toutes formes qui ne sont point inhérentes à l'affectibilité simple et peuvent en être séparées. Caractère fondamental qui distingue ce premier ordre de composés (ou la sensation), de l'aifection pure organique, .premier point de départ d'une analyse de décomposition. Rencontre et concours de la physiologie et de la métaphysique qui considèrent chacune leur élément dans le même composé. Séparation des deux points de vue, à partir de ce terme, soit pour s'élever dans l'ordre intellectuel, soit pour descendre dans l'ordre des phénomènes purement organiques.
Sensibilité, faculté de sentir ou d' éprouver des modifications quelconques, le moi n'étant pas identifié avec ces
modifications, puisque sa puissance constitutive ne contribue pas à les produire.
A. Premières sensations com- /josées.
(1) Les métaux ne se combinent point directement avec Yoxygéne pour se transformer en acides, mais doivent d'abord passer par un premier état d'oxydation, avant de parvenir à cette combinaison intime qui en fait de véritables acides métalliques. Ainsi (tt autant qu'il est permis de comparer des modes intérieurs à des choses qui se représentent), l'aU'ection pure ne se transforme point d'elle-même dans les formes individuelles et actives d'attention, de comparaison, de mémoire, mais seulement après avoir passé à l'état de sensation, où elle est déjà unie à une première l'orme simple de personnalité. Cette image, infidèle sans doute, se rapproctie assez pourtant d'un point de vue intérieur, que je voudrais pouvoir exprimer, comme je le conçois.
B. Sensations générales qui ne sont rapportées A aucun siège déterminé.
Sensations proprement dites de malaise, d'inquiétude, de besoin, etc. Passions simples et non encore composées par l'imagination. Ensemble de tous ces modes généraux du plaisir ou de la douleur que l'on a compris sous le terme générique volonté. Résultat immédiat de l'afîectibilité intérieure unie à un sentiment de personnalité plus ou moins confus, et qui peut souvent y être absorbé.
Seconde classe de composés sensibles
A. Sensations douhlemen t composées.
L'exercice du loucher donne un objet ou une cause extérieure à diverses modifications de la sensibilité. Le jugement d'existence étrangère, directement fondé sur cet exercice, s'associe avec les premières sensations déjà composées et les surcomposé. Distinction essentielle à établir entre les modes perçus et non affectifs qui se rapportent à l'objet comme qualités, et les modes sentis qui se réfèrent simplement à la cause étrangère (Voyez chapitre V). Le jugement d'extériorité collélatérnlement uni avec les affections simples, n'y est pas plus essentiellement renfermé que la personnalité même. Ces affections n'ont qu' pour absorber tout jugement de cette espèce; et quand on pourrait dire, dans un autre point de vue, que le rapport est éminemment senti, c'est alors même qu'il n'y a plus de jugement. De même, quand la sensation dite animale est au plus haut degré, l'attention est nulle comme puissance. C'est quand l'ébranlement organique persiste avec le plus de force, qu'il n'y a pas de souvenir. C'est quand le besoin est extrême, qu'il n'y a pas de vouloir, etc.
Troisième classe de composés sensibles.
B. Désirs ou besoins et passions simples, composés avec le jugement.
C. Sentiments et passions mixtes ou composées d'actes intellectuels.
Dans la connaissance objective, le besoin étant aeconapagné du jugement d'existence ou de la représentation de l'objet propre à faire cesser le malaise, ce besoin simple, dis-je, devient la matière d'un désir proprement dit, composé de troisième classe : sensation, jugement, souvenir ou imagination intellectuelle jointe au désir, comme l'imagination passive l'est au besoin affectif simple.
Quoique nos affections de toute espèce soient hors des limites de la volonté, il est pourtant des sentiments qui naissent à la suite des actes intellectuels, et s'allient avec la réflexion et un exercice régulier de la pensée dans l'emploi des signes institués. Ces sentiments ou passions mixtes doivent former une classe à part : il en sera parlé ci-après (1).
(1) Nos pussions ne peuvent pas être directement excitées ni ùtées par l'action de la volonté ; mais elles peuvent l'être indirectement par la représentation des choses qui ont coutume d'être jointes avec les passions que nous voulons avoir, et qui sont contraires à celles que nous voulons rejeter. Ainsi pour exciter en soi la passion hardiesse et ôter la peur, il ne suffît pas d'en avoir la volonté mais il faut s'appliquer à en considérer les raisons (Descartes : Traité des passions de l'chne). La volonté produisant donc ainsi immédiatement les idées et immédiatement les passions associées à ces idées, il peut y avoir perception ou aperception dans ces émotions de l'àme qui sont purement affectives, quand elles sont spontanées.
ORDRE ACTIF (composé)
Première classe de composés perceptifs, par combinaison intime des deux premiers éléments, la volonté concourant avec une fo7'ce extérieure à former la perception.
k. Perceptibilité modale ou objective, faculté de percevoir des impressions, non essentiellement affectives, telles que les couleurs et les sons.
Modes perçus par suite d'une action de la volonté plus ou moins expresse, toujours nécessaire pour les produire. Odorat ion, saporation, mais surtout vision et auscultation active.
Dans l'exercice de cette faculté (propre à la vue et à l'ouïe), le sens n'est pas absolument réduit à attendre passivement les impressions de l'objet ; activé par la volonté, il va au devant d'eux, s'y applique et en retire des informations plus exactes et plus détaillées : la force motrice peut j prendre l'initiative, sans conserver la prédominance sur la force extérieure. L'exercice de cette faculté se fonde essentiellement sur le déploiement de l'effort : il emporte donc avec lui les formes de personnalité et de jugement qui ne peuvent y être absorbées, comme dans la sensation, dont le mobile est tout en dehors du vouloir. Acte perçu seulement en résultat. Point d'aperception relative à cet acte même. Jugement composé où tout se rapporte à l'objet. Idée complète mais indécomposable dans ses éléments qui ne peuvent être conçus l'un hors de l'autre (le mode, hors (lu sentiment personnel) quoiqu'ils puissent être distingués dans leur prédominance alternatife.
B. Faculté d'attention.
Attenthnté.
E. Imaginationintellectuelle. Image accompagnée de réminiscence sans qu'il y ait possibilité de rappel direct.
J'appelle ainsi {attention) la détermination plus expresse du vouloir qui active le résultat perceptif et lui donne un caractère de distinction, de vivacité prédominante, qui affaiblit et quelquefois annule pour la conscience toute impression simultanée.
Il paraîtrait que l'attention n'est qu'un degré particulier de la perception, et qu'il est inutile de les distinguer cortime deux facultés propres (et sui generis). Cette objection est fondée, lorsque l'on confond la sensation avec la perception, mais en tant qu'il y a dans cette dernière deux éléments combinés et deux forces concourant à la produire, en tant représenté pas plus dans le souvenir que dans le sens. Ce n'est donc point son être propre que l'individu reconnaît dans l'image reproduite; mais V identité personnelle \n\ïévQn\Q à l'aperceplion du vouloir ou de l'acte répété, se transforme toute dans {'identité objective ou modale. Dès que cette aperception est entièrement confondue dans le résultat sensible du même acte, l'antécédent disparaît ainsi dans le conséquent; le représentant se cache, et le représenté seul se montre ; mais quoique l'activité ne subsiste qu'en résultat ou dans V image c'est toujours elle qui fonda cette sorte de réminiscence étrangère et comme impersonnelle; et l'image n'est pas plus le souvenir, que l'affection n'est la sensation, ou que celle-ci n'est la perception.
Il importe de ne pas confondre ce mode de production des images (auxquelles l'exercice de l'attention a imprimé le cachet de la réminiscence), avec l'imagination purement passive qui exclut toute forme de personnalité, d'intelligence, et n'est que l'exercice même de l'affectibilité cérébrale. Il y a là un progrès bien notable de cette dernière espèce d'imagination à celle qui est accompagnée de réminiscence, comme celle-ci à la mémoire (Voyez chapitre II).
Seconde classe de composes aperceptifs. La volonté prenant l'initiative et conservant la prédominance sur la force extérieure.
A. Aperception objective.
Faculté d'apercevoir simultanément dans le même mode (effort) V action que la volonté détermine et son résultat permanent au dehors.
Toucher actif.
Attention et réflexion dans l'exercice de ce sens spécial.
B. Jugement simple. Origine d'une double observation.