LIVRE DEUXIÈME
pas m'erapècher d'avoir de Testime pour certaines l)eautés qui s'y rencontrent, et de la déférence pour l'approbation universelle qu'ils ont eue pendant plusieurs siècles *. Je proteste enfln que j'ai beaucoup de respect pour quelques ouvrages de Tertullien, principalement pour son Apologie contre les Gentils, et pour son livre des Prescriptions contre les hérétiques, €tpour quelques endroits des livres de Sénèque, quoi* que je n'aie pas beaucoup d'estime pour tout le livre lie Montaigne.
IL Tertullien était à la vérité un homme d'une profonde érudition, mais il avait plus de mémoire que de jugement, plus de pénétration et plus d'étendue d'imagination, que de pénétration et d'étendue d'esprit. On ne peut douter enfin qu'il ne fût visionnaire dans le sens que j'ai expliqué auparavant, et qu'il n'eût presque toutes les qualités que j'ai attribuées aux esprits visionnaires. Le respect qu'il eut pour les visions de Montanus et pour ses prophélesses, est une preuve incontestable de la faiblesse de son jugement. Ce feu, ^es emportements, ces enthousiasmes sur de petits sujets marquent sensiblement le dérèglement de son imagination. Combien de mouvements irréguliers dans ses hyperboles et dans ses figures! combien de raisons, pompeuses et magnifiques, qui ne prouvent que par leur éclat sensible, et qui ne persuadent qu'eu étourdissant et qu'en éblouissant l'esprit I
90t RECHERCHE DE LA YERITE.
peuvent-elles porter des vertugadins et des chaperoDs» si ce n'esty au carnaval, lorsqu'elles veulent se déguiser pour aller en masque ?
« Que peut-il conclure de ces descriptions pompeuses et magnifiques des changements qui arrivent dans le monde, et que peuvent-elles contribuer à sa justification ? La lune est différente dans ses phases, l'année dans ses saisons, les campagnes changent de face l'hiver et Télé; il arrive des débordements d'eaui qui noient des provinces entières, et des tremblements de terire qui les engloutissent; on a bâti de nouvelles^ villes; on a établi de nouvelles colonies; on a vu des inondations de peuples qui ont ravagé des pays entiers ; enfin toute la nature est sujette au changement, donc il a eu raison de quitter la robe pour prendre le manteau! Quel rapport entre ce qu'il doit prouver, et entre tous ces changements et plusieurs autres qu'il recherche avec grand soin et qu'il décrit avec des expressions forcées, obscures et guindées^? Le paon se change à chaque pas qu'il fait, le serpent entrant dans quelque trou étroit sort de sa propre peau et se renouvelle; donc il a raison de changer d'habit l Peut-on de sang-froid et de sens rassis tirer de pareilles conclusions? et pourrait-on les voir tirer sans en rire, si cet auteur n'étourdissait et ne troublait l'esprit de ceux qui le lisent?
Presque tout le reste de ce petit livre de Palho est plein de raisons aussi éloignées de son sujet que celles-ci, lesquelles certainement ne prouvent qu'en étourdissant lorsqu'on est capable de se laisser étourdir; mais il serait inutile de e'y arrêter davantage. Il suffit de dire ici que si la justesse de l'esprit, aussi bien que la clarté et la netteté dans le discours, doi-
* Cb« u et III de PalHo,