LIVRE TROISIÈME
ensuite des idées intellectuelles par le moyen desquelles rentendement pur aperçoit les objets de dehors.
I. Je ne crois pas qu'après y avoir pensé sérieusement, on puisse douter que ^ l'essence de l'esprit ne consiste que dans la pensée, de même que l'essence de la matière ne consiste que dans l'étendue, et que, selon les différentes modifications de la pensée, l'esprit tantôt veut et tantôt imagine, ou enOn qu'il a plusieurs autres formes particulières ; de môme que, selon les différentes modifications de l'étendue, la matière est tantôt de Teau, tantôt du bois, tantôt du feu, ou qu'elle a une infinité d'autres formes particulières.
J'avertis seulement que par ce moi, pensée^ je n'entends point ici les modifications particulières de l'âme, c'està-dire telle ou telle pensée, mais la pensée capable de toutes sortes de modifications ou de pensées; de même que par l'étendue l'ou n'entend pas une telle ou telle étendue, comme la ronde ou la carrée, mais l'étendue capable de toutes sortes de modifications ou de figures. £t celte comparaison ne peut faire de peine que parce que l'on n'a pas une idée claire de la pensée, comme l'on en a de l'étendue; car on ne connaît la pensée que par sentiment intérieur ou par conscience^ ainsi que je l'expliquerai plus bas K
Je ne crois pas aussi qu'il soit possible de concevoir un esprit qui ne pense point, quoiqu'il soit fort facW^ d'«n p.nnRevoir un nui n» SAnlA nnint nui n'imacrîn^-
343 HECIlERCnE DE LA VÉBITÉ.
qui môme ne soit point en mouvement: Il faut conclure de là que comme il se peut faire qu'il y ait de la matière qui ne soit ni terre ni métal, ni carrée ni ronde, ni même en mouvement, il se peut faire aussi qu'un esprit ne sente ni chaud ni froid, ni joie ni tristesse, n'imagine rien, et môme ne veuille rien ; de sorte que toutes ces modilications ne lui sont point essentielles. La pensée toute seule est donc l'essence de l'esprit, ainsi que l'étendue toute seule est l'essence de la matière.
Mais de môme que si la matière ou l'étendue était sans mouvement, elle serait entièrement inutile et incapable de cette variété de formes pour laquelle elle est faite, et qu'il n'est pas possible de concevoir qu'un être intelligent l'ait voulu produire de la sorte; ainsi, si un esprit ou la pensée était sans volonté, il est clair qu'elle serait tout à fait inutile, puisque cet esprit ne se porterait jamais vers les objets de ces perceptions, et qu'il n'aimerait point le bien, pour lequel il est fait : de sorte qu'il n'est pas possible de concevoir qu'un être intelligent l'ait voulu produire en cet état. Néanmoins, comme le mouvement n'est pas de l'essence de la matière, puisqu'il suppose de l'étendue; ainsi vouloir n'est pas de l'essence de l'esprit, puisque vouloir suppose la perception.
La pensée toute seule est donc proprement ce qui constitue l'essence de l'esprit, et les différentes manières de penser; comme sentir et imaginer ne sont que les modifications dont il est capable, et dont il n'est pas toujours modifié ; mais vouloir est une propriété qui l'accompagne toujours, soit qu'il soit uni à un corps ou qu'il en soit séparé; laquelle cependant ne lui est pas essentielle, puisqu'elle suppose la pensée, et qu'on peut concevoir un esprit sans volonté comme un corps sans mouvement.
Toutefois la puissance de vouloir est inséparable de